Histoire du Cameroun : les grandes dates, de la préhistoire à nos jours
Des premiers occupants de l'abri de Shum Laka, il y a 30 000 ans, au royaume bamoun et à l'émirat de l'Adamaoua, l'histoire du Cameroun est bien antérieure à son nom, hérité des navigateurs portugais du XVe siècle. Protectorat allemand en 1884, partagé entre la France et le Royaume-Uni après la Première Guerre mondiale, le pays devient indépendant le 1er janvier 1960 et se réunifie avec le Cameroun méridional le 1er octobre 1961. Cette frise retrace ces étapes, chaque date étant appuyée sur des sources citées.
Avant la colonisation
- il y a 30 000 ans
L'abri sous roche de Shum Laka
Près de Bamenda, dans les Grassfields du Nord-Ouest, l'abri sous roche de Shum Laka porte des traces d'occupation humaine remontant à au moins 30 000 ans, et jusqu'à l'âge des métaux. Des enfants y ont été inhumés il y a environ 8 000 et 3 000 ans : leur ADN, étudié en 2020, provient d'un site situé dans le berceau probable des langues bantoues. Le Cameroun a inscrit le site sur sa liste indicative du patrimoine mondial de l'UNESCO le 2 février 2018.
Voir aussi : Bamenda
UNESCO — Le site archéologique de Shum Laka (liste indicative)Wikipédia — Shum LakaHarvard Medical School — Genes from the Grassfields (Nature, 2020)
- IXe-XVe siècle
La civilisation sao
Au sud du lac Tchad, le long du Chari et du Logone, la civilisation sao connaît son apogée entre le IXe et le XVe siècle, avec des cités fortifiées et des rites funéraires élaborés. Elle a laissé des milliers d'objets en terre cuite, en bronze et en fer. Absorbés par l'expansion du Bornou, les Sao sont considérés comme les ancêtres des Kotoko.
Britannica — Sao peopleWikipedia — Sao civilisationWikipédia — Sao (civilisation)
- fin du XIVe siècle
Fondation du royaume bamoun
Selon la tradition, le prince Nchare Yen, issu de la dynastie tikar, fonde le royaume bamoun, dont la capitale devient Foumban. Les sources situent cette fondation entre 1384 et 1394. La dynastie qu'il fonde règne encore aujourd'hui.
Voir aussi : Foumban
- vers 1472
Le « Rio dos Camarões »
Vers 1472, le navigateur portugais Fernão do Pó est le premier Européen à explorer l'estuaire du Wouri. Frappés par l'abondance de crevettes, les Portugais le nomment « Rio dos Camarões », la rivière des crevettes. Devenu Camarones en espagnol, le nom a donné Kamerun, Cameroun et Cameroon.
Britannica — Wouri RiverWikipedia — Wouri RiverWikipédia — Fernão do Pó
- 1809
L'émirat de l'Adamaoua
Dans le cadre du djihad peul lancé par Ousmane dan Fodio en 1804, le lettré Modibo Adama reçoit mission de conquérir le Fombina, les « terres du Sud ». L'émirat qu'il fonde en 1809, vassal du califat de Sokoto, s'étend sur une grande partie du Nord-Cameroun actuel, dont la région de Ngaoundéré. Il a donné son nom à l'Adamaoua.
Voir aussi : Ngaoundéré
Wikipedia — Adamawa EmirateBritannica — Modibbo AdamaWikipédia — Émirat de l'Adamaoua
La colonisation
- 1884
Le traité germano-douala
Le 12 juillet 1884, à Douala, les rois Ndumbé Lobé Bell et Dika Mpondo Akwa signent avec des représentants de firmes allemandes un traité qui cède à l'Allemagne la souveraineté sur leur territoire. Le 14 juillet, l'explorateur Gustav Nachtigal hisse le drapeau allemand : c'est le début du protectorat du Kamerun. Le traité est contesté, notamment par Lock Priso (Kum'a Mbape), qui organise une résistance armée.
Voir aussi : Douala
Wikipédia — Traité germano-doualaWikipédia — KamerunAPA News — 12 juillet, entre colonisation et émancipationbpb — Kamerun und die deutsche Kolonialgeschichte
- 1901
Buéa, capitale du Kamerun
En 1901, le gouverneur Jesko von Puttkamer transfère le siège de l'administration coloniale de Douala à Buéa, sur les pentes du mont Cameroun. Son ancienne résidence y subsiste. Buéa sera plus tard la capitale du Cameroun méridional sous administration britannique, de 1949 à 1961.
- 1914
Exécution de Rudolf Duala Manga Bell
Roi des Douala, Rudolf Duala Manga Bell s'oppose à l'expropriation des terres de son peuple au bord du Wouri et adresse une pétition au Reichstag. Condamné pour haute trahison après un procès sommaire, il est pendu à Douala le 8 août 1914. Le même jour, Martin-Paul Samba est fusillé pour le même motif ; tous deux sont considérés au Cameroun comme des figures de la résistance à la colonisation.
Voir aussi : Douala
Wikipedia — Rudolf Duala Manga BellWikipédia — Rudolf Douala Manga BellWikipedia — Martin-Paul Samba
- 1914-1916
Fin de la domination allemande
Pendant la Première Guerre mondiale, troupes britanniques, françaises et belges envahissent le Kamerun : Douala tombe le 27 septembre 1914, Yaoundé en janvier 1916, et la garnison allemande de Mora se rend le 18 février 1916. Le 4 mars 1916, la France et le Royaume-Uni se partagent le territoire, la France en recevant la plus grande part.
Wikipédia — Campagne du KamerunWikipedia — Siege of MoraWikipédia — Histoire du Cameroun
- 1919-1922
Les mandats de la SDN
Par le traité de Versailles du 28 juin 1919, l'Allemagne renonce à ses colonies. Le 20 juillet 1922, la Société des Nations confie le Cameroun en mandat à la France, pour la plus grande partie, et au Royaume-Uni, pour deux bandes de territoire frontalières du Nigeria. Le Cameroun français et le Cameroun britannique suivront désormais des chemins séparés.
Wikipedia — French CameroonWikipédia — Cameroun britanniqueForeign Relations of the United States, 1922 (université du Wisconsin)
- 1946
Sous la tutelle de l'ONU
Le 13 décembre 1946, l'Assemblée générale des Nations unies approuve les accords qui placent les deux Cameroun sous le régime de tutelle, toujours administrés par la France et le Royaume-Uni. Ce régime prévoit leur évolution vers l'autonomie ou l'indépendance.
Wikipedia — French CameroonNations unies — Assemblée générale, A/1/PV.62
- 1948
Fondation de l'UPC
Le 10 avril 1948, l'Union des populations du Cameroun (UPC) est fondée à Douala, dans un café-bar. Ruben Um Nyobè en devient le secrétaire général en novembre 1948. Le parti réclame la réunification des deux Cameroun et l'indépendance, et porte ces revendications jusqu'aux Nations unies.
Voir aussi : Ruben Um Nyobè, Douala
Wikipédia — Union des populations du CamerounUniversity of Central Arkansas — British/French Cameroon (1948-1961)
- 1955
Interdiction de l'UPC et début de la guerre
Fin mai 1955, des affrontements opposent militants de l'UPC et forces coloniales dans plusieurs villes ; le 13 juillet 1955, un décret du gouvernement français dissout le parti, dont les dirigeants entrent dans la clandestinité ou s'exilent. Commence alors un conflit armé, qui se poursuit après l'indépendance. Il s'achève au début des années 1970 : Ernest Ouandié, l'un de ses derniers dirigeants, est fusillé à Bafoussam le 15 janvier 1971.
Voir aussi : Bafoussam
Wikipédia — Union des populations du CamerounWikipedia — Cameroon WarWikipédia — Guerre du Cameroun
- 1958
Mort de Ruben Um Nyobè
Le 13 septembre 1958, Ruben Um Nyobè, secrétaire général de l'UPC entré dans le maquis, est tué par une patrouille de l'armée française dans une forêt de la Sanaga-Maritime. Il est enterré à Éséka. En 2025, la France a reconnu sa responsabilité dans sa mort.
Voir aussi : Ruben Um Nyobè
Wikipédia — Ruben Um NyobèSlate — Il y a soixante ans, le Cameroun français assassinait Ruben Um NyobèTimesLIVE (Reuters) — France acknowledges role in Cameroon's struggle for independence
L'indépendance et la réunification
- 1960
L'indépendance
Le 1er janvier 1960, le Cameroun sous tutelle française accède à l'indépendance et devient la République du Cameroun ; le Premier ministre Ahmadou Ahidjo la proclame. Le 5 mai 1960, il est élu premier président de la République. L'indépendance survient alors que le conflit avec l'UPC se poursuit.
Wikipédia — Cameroun françaisEncyclopædia Universalis — Ahmadou Ahidjo
- 1961
Le plébiscite du Cameroun britannique
Le 11 février 1961, sous l'égide de l'ONU, les habitants du Cameroun britannique choisissent entre le rattachement au Nigeria et au Cameroun ; l'indépendance seule n'est pas proposée. Le Cameroun septentrional vote à 60 % pour le Nigeria, qu'il rejoint le 1er juin 1961. Le Cameroun méridional vote à 70,5 % pour le Cameroun.
Wikipedia — 1961 British Cameroons referendumWikipédia — Référendum de 1961 au Cameroun britanniqueGlobalSecurity — Development and Unification
- 1961
La réunification
Après la conférence de Foumban, en juillet 1961, le Cameroun méridional rejoint la République du Cameroun le 1er octobre 1961. Naît alors la République fédérale du Cameroun, formée de deux États : le Cameroun oriental, francophone, et le Cameroun occidental, anglophone.
Voir aussi : Foumban
Wikipédia — Réunification du CamerounWikipedia — 1961 British Cameroons referendumCameroon Tribune — Unité du Cameroun : une si longue marche
- 1972
L'État unitaire
Le 20 mai 1972, à l'initiative du président Ahidjo, un référendum approuve la fin de la fédération et la création de la République unie du Cameroun ; la nouvelle Constitution est promulguée le 2 juin 1972. Le 20 mai est depuis la fête nationale, célébrée chaque année par des défilés.
Wikipedia — 1972 Cameroonian constitutional referendumAPA News — 20 mai : unité camerounaise
Le Cameroun d'aujourd'hui
- 1982
Paul Biya succède à Ahidjo
Le 4 novembre 1982, Ahmadou Ahidjo annonce sa démission. Le 6 novembre 1982, son Premier ministre Paul Biya prête serment et devient le deuxième président du Cameroun, conformément à la Constitution.
Wikipédia — Paul BiyaOsidimbea — Présidence de la République unie du Cameroun, 1982
- 1984
La République du Cameroun
La loi du 4 février 1984 change le nom du pays : la République unie du Cameroun devient la République du Cameroun. Le 6 avril 1984, une tentative de coup d'État menée par des éléments de la garde présidentielle échoue après plusieurs jours de combats à Yaoundé.
Voir aussi : Yaoundé
Osidimbea — Histoire constitutionnelle du CamerounArchontology — Cameroon: polityWikipedia — 1984 Cameroonian coup attempt
- 1986
La catastrophe du lac Nyos
Le 21 août 1986, au soir, le lac Nyos, dans le Nord-Ouest, libère brutalement un immense nuage de dioxyde de carbone accumulé dans ses profondeurs. Plus lourd que l'air, le gaz descend dans les vallées voisines et asphyxie plus de 1 700 personnes et des milliers de têtes de bétail. Depuis 2001, des tuyaux de dégazage évacuent progressivement le gaz du lac.
Wikipédia — Catastrophe du lac NyosWikipedia — Lake Nyos disasterOregon State University — Lake Nyos, silent but deadly
- 1990
Le retour du multipartisme
Le 26 mai 1990, le Social Democratic Front (SDF) de John Fru Ndi est lancé à Bamenda, en dehors du parti unique ; la manifestation de lancement est réprimée. Les lois du 19 décembre 1990 sur les libertés d'association et les partis politiques rétablissent le multipartisme. Les premières élections pluralistes ont lieu en 1992, dont la présidentielle du 11 octobre.
Voir aussi : Bamenda
Wikipedia — Social Democratic Front (Cameroon)Wikipédia — Paul BiyaBulletin du CODESRIA
- 1990
Les Lions indomptables en quart de finale
Le 8 juin 1990, en match d'ouverture de la Coupe du monde en Italie, le Cameroun bat l'Argentine, tenante du titre, 1-0. Grâce notamment aux deux buts de Roger Milla, 38 ans, en prolongation contre la Colombie, il devient la première équipe africaine à atteindre les quarts de finale, où l'Angleterre l'élimine 3-2 après prolongation, le 1er juillet à Naples.
Voir aussi : Roger Milla
Wikipedia — Cameroon national football teamWikipédia — Équipe du Cameroun de footballSuperSport — Milla: the making of Africa at the World Cup
- 1995
Membre du Commonwealth
En novembre 1995, au sommet des chefs de gouvernement du Commonwealth à Auckland, en Nouvelle-Zélande, le Cameroun est admis comme 52e membre de l'organisation.
Cameroon Tribune — Cameroon-Commonwealth: Celebrating 25 YearsJohn Major Archive — Communiqué d'Auckland, 13 novembre 1995
- 2002-2008
Bakassi revient au Cameroun
Saisie par le Cameroun en 1994, la Cour internationale de justice reconnaît le 10 octobre 2002 la souveraineté camerounaise sur la presqu'île de Bakassi, disputée avec le Nigeria. Après l'accord de Greentree de 2006 et un retrait par étapes, le Nigeria transfère officiellement la presqu'île au Cameroun le 14 août 2008.
Nations unies — Communiqué de la CIJ, 10 octobre 2002Wikipedia — BakassiJurist — Nigeria cedes disputed peninsula to Cameroon
- 2014
Boko Haram dans l'Extrême-Nord
Venue du Nigeria voisin, l'insurrection de Boko Haram s'étend à l'Extrême-Nord du Cameroun. Le 17 mai 2014, au sommet de Paris sur la sécurité au Nigeria, le président Biya déclare la guerre au groupe. Le Cameroun participe depuis à la Force multinationale mixte avec le Nigeria, le Tchad, le Niger et le Bénin.
Élysée — Conférence de presse du sommet de Paris, 17 mai 2014International Crisis Group — Boko Haram: Cameroon must shift from military to development approachWikipédia — Insurrection de Boko Haram
- depuis 2016
La crise anglophone
En octobre 2016, avocats et enseignants des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest se mettent en grève pour défendre la common law et le système éducatif anglophone ; des manifestations ont lieu à Bamenda, Buéa et Limbé. La contestation dégénère en conflit armé entre l'armée et des groupes séparatistes, qui proclament symboliquement l'indépendance de l'« Ambazonie » le 1er octobre 2017. Un grand dialogue national se tient du 30 septembre au 4 octobre 2019.
Voir aussi : Limbé, Bamenda, Buéa
Wikipedia — Anglophone CrisisWikipédia — Crise anglophone au CamerounWikipedia — 2016-17 Cameroonian protests
- 2023
Le Nguon au patrimoine de l'UNESCO
En décembre 2023, l'UNESCO inscrit le Nguon, rites de gouvernance du peuple bamoun, sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l'humanité : c'est le premier élément camerounais de cette liste. Tous les deux ans, le roi y rend compte de sa gouvernance devant son peuple, une tradition vieille de plus de six siècles.
UNESCO — Nguon, rituals of governance in the Bamoun communityCameroon Tribune — Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO : Nguon forever
- 2025
La France reconnaît son rôle dans la guerre
À la suite des travaux d'une commission mixte d'historiens franco-camerounais, le président Emmanuel Macron adresse à Paul Biya une lettre, datée du 30 juillet et rendue publique le 12 août 2025. Il y reconnaît que les forces françaises ont pris part à un conflit armé au Cameroun entre 1945 et 1971, et la responsabilité de la France dans la mort de dirigeants indépendantistes, dont Ruben Um Nyobè.
Voir aussi : Ruben Um Nyobè
TimesLIVE (Reuters) — France acknowledges role in Cameroon's struggle for independenceJurist — France acknowledges use of repressive violence in CameroonallAfrica — Les militaires français ont pris part au conflit armé entre 1945 et 1971
- 2025
Une élection présidentielle contestée
L'élection présidentielle a lieu le 12 octobre 2025. Le 27 octobre, le Conseil constitutionnel proclame la réélection de Paul Biya, au pouvoir depuis 1982, avec 53,66 % des voix, devant Issa Tchiroma Bakary (35,19 %). L'opposant rejette ces résultats et revendique la victoire ; des manifestations suivent l'annonce.
Al Jazeera — Cameroon President Biya declared election victorWikipédia — Élection présidentielle camerounaise de 2025Wikipedia — 2025 Cameroonian presidential election
- 2026
Retour de la vice-présidence
Le 4 avril 2026, le Parlement réuni en Congrès adopte une révision de la Constitution qui rétablit le poste de vice-président de la République, promulguée le 14 avril. Nommé et révocable par le chef de l'État, le vice-président achèverait le mandat en cas de vacance du pouvoir.
Al Jazeera — Cameroonians await government reshuffle after Biya's returnAfrica24 — Cameroun : création de poste de vice-président approuvéeWikipedia — Vice President of Cameroon