Le marché du travail

Les secteurs qui recrutent au Cameroun

Au Cameroun, la question « qui recrute ? » a deux réponses très différentes. Dans les statistiques, l'essentiel des emplois se trouve dans l'agriculture, le petit commerce et les services informels, où l'on s'installe à son compte plus qu'on ne se fait embaucher. Les emplois salariés et déclarés, eux, se concentrent dans l'administration, quelques grandes entreprises publiques et privées et les grands chantiers. Cette fiche rassemble les chiffres publiés sur ces deux réalités, sans classement inventé : aucune statistique officielle récente ne mesure les secteurs qui embauchent le plus de diplômés.

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Où travaillent les Camerounais

Selon l'EESI 3 de l'Institut national de la statistique (INS), menée en 2021, 35,2 % des emplois relèvent du secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, forêt), 17,5 % de l'industrie, 14,6 % du commerce et 32,7 % des autres services. Les estimations modélisées du Bureau international du travail (BIT), reprises par la Banque mondiale, donnent pour 2025 une part plus forte à l'agriculture (41,9 %), 14,6 % à l'industrie et 43,5 % aux services (commerce compris). Les deux sources ne mesurent pas exactement la même chose, mais elles s'accordent sur l'essentiel : plus d'un actif sur trois travaille la terre.

SecteurINS, EESI 3 (2021)BIT / Banque mondiale (2025)
Agriculture et secteur primaire35,241,9
Industrie (BTP compris)17,514,6
Commerce14,6compris dans les services
Services32,743,5
Répartition des emplois par secteur d'activité, en %. Sources : INS, dépliant EESI 3 phase 1 (2021) ; Banque mondiale, estimations modélisées du BIT (2025).

La répartition par employeur est encore plus parlante. L'EESI 3 classe 52,0 % des emplois dans des entreprises informelles non agricoles et 34,6 % dans l'agriculture informelle ; l'administration publique n'en compte que 7,1 %, les entreprises publiques ou parapubliques 1,2 % et les entreprises privées formelles 5,1 %. Autrement dit, moins d'un emploi sur sept est offert par un employeur « formel ». Le détail de l'informel est traité dans la fiche consacrée à l'emploi informel.

Les grands employeurs

Aucune liste officielle des plus gros employeurs du pays n'est publiée. Les effectifs ci-dessous sont ceux que donnent les entreprises ou la presse économique, à la date indiquée ; ils ne sont pas comparables entre eux (certains comptent les saisonniers, d'autres non).

EmployeurEffectif publiéSource et date
État (fonction publique)306 159 agents en activité et 160 285 retraités payés (mai 2026) ; masse salariale estimée à environ 1 783 milliards de FCFA par an par Financial Afrik, 1 753,5 milliards versés en 2025 selon EcoMatinFinancial Afrik, juin 2026
CDC (Cameroon Development Corporation), plantations du Sud-Ouestplus de 20 000 salariés en 2016, environ 13 000 en 2024Financial Afrik, novembre 2024
Sosucam (sucre), filiale de Somdiaaprès de 4 500 salariés concernés par une hausse de salaire ; 8 000 emplois directs et indirects revendiquésInvestir au Cameroun, juillet 2019
MTN Cameroon (téléphonie)« plus d'un millier » d'emplois directs créés et plus de 11 000 personnes chez ses partenaires, selon l'entreprise ; environ 600 salariés en 2018 selon EcomatinCamer.be, février 2025 ; Ecomatin, octobre 2018
Barrage de Nachtigal (énergie, chantier)jusqu'à 1 500 emplois directs au pic du chantier, dont 65 % recrutés dans un rayon de 65 kmEDF, novembre 2018 (prévision)
Port en eau profonde de Kribi (chantier)1 125 personnes, dont 609 Camerounais, surtout comme ouvriersIPS, août 2013
Quelques grands employeurs et leurs effectifs publiés. Sources : Financial Afrik (2024, 2026), Business in Cameroon / Investir au Cameroun (2019, 2026), EDF (2018), IPS (2013), Camer.be (2025), Ecomatin (2018).

La CDC, présentée par Business in Cameroon comme le deuxième employeur du pays après l'État, illustre la fragilité de ces emplois : selon Financial Afrik, la crise dans les régions anglophones a fait chuter ses ventes de 63,6 % et ses exportations de 66,2 %, et l'entreprise accumulait fin 2022 environ 35,7 milliards de FCFA d'arriérés de salaires. En 2025, 14 349 hectares de plantations matures y restaient à l'abandon. Le Sud-Ouest, où se trouvent Limbé, Buea, Kumba et Tiko, était autrefois la grande région de l'emploi agro-industriel salarié.

Les secteurs mis en avant

  • Agro-industrie et import-substitution : le Plan intégré d'import-substitution agropastoral et halieutique (PIISAH) 2024-2026 vise une baisse de 40 % des importations des filières concernées. Son budget, de 1 371,5 milliards de FCFA, a été porté à 1 500 milliards en janvier 2025 ; il couvre notamment le riz, le maïs, le soja, l'huile de palme, le blé et la farine locale, le lait, le poisson, l'élevage, puis le sucre et les engrais (Ecomatin). Aucun objectif chiffré d'emplois n'a été trouvé dans les sources consultées.
  • Énergie et grands chantiers : le barrage de Nachtigal (420 MW, sur la Sanaga, à 65 km de Yaoundé) devait couvrir 30 % des besoins du pays selon EDF ; le port de Kribi est l'autre grand chantier qui a attiré main-d'œuvre et sous-traitants. Ces emplois de construction sont par nature temporaires.
  • Numérique : Buea, surnommée « Silicon Mountain », s'est imposée comme le berceau des start-up camerounaises autour de l'université de Buea, première université anglophone du pays. L'incubateur ActivSpaces y a été lancé en 2009 et est présidé par Rebecca Enonchong, selon Wikipédia. La coupure d'Internet imposée aux régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest à partir du 17 janvier 2017 a coûté cher à ces entreprises : leurs fondateurs décrivaient en février 2017 une chute de productivité de plus de 60 % (Camer.be).
  • Stratégie nationale : la Stratégie nationale de développement 2020-2030 (SND30) prévoit de ramener le sous-emploi global de 77 % (2014) à moins de 50 % en 2030, selon l'INS. À mi-parcours, en août 2026, le comité national de pilotage estimait que moins de la moitié des objectifs (49,6 %) étaient atteints, avec une croissance de 3,8 % en 2025 au lieu des 8,5 % visés (Financial Afrik).

Les métiers qui manquent de bras

Les données publiées par l'Observatoire national de l'emploi et de la formation professionnelle (ONEFOP) et reprises par Ecomatin en mai 2021 pointent un décalage entre formation et besoins : techniciens, ouvriers qualifiés et agents d'exécution représentaient 45 % des offres d'emploi, alors que le supérieur forme surtout en économie et gestion (26 % des étudiants) et très peu d'ingénieurs (5 %). Dans la formation professionnelle, environ un quart des apprenants étaient en BTP, 3 % dans le tourisme et moins de 1 % en agriculture ; le dernier effectif officiel, celui de 2021-2022, est de 59 557 apprenants, dont plus de 80 % dans le privé (INS, voir la fiche sur la formation professionnelle). Aucune liste officielle récente des « métiers en tension » n'a été trouvée en ligne : le site de l'ONEFOP annonce une nouvelle version pour janvier 2027.

Où chercher un emploi

  • Le Fonds national de l'emploi (FNE), service public de l'emploi créé en 1990, diffuse des offres, tient une CVthèque et gère des programmes d'insertion et d'auto-emploi (voir la fiche sur l'emploi des jeunes).
  • La fonction publique recrute par concours, publiés par le MINFOPRA et les ministères ; c'est la voie de l'emploi public (voir la fiche sur les concours administratifs).
  • Les annonces d'entreprises circulent aussi sur des sites privés d'offres d'emploi et par des cabinets de recrutement. Méfiance : les faux recrutements qui demandent de l'argent aux candidats sont fréquents, y compris au nom d'entreprises publiques.

Questions fréquentes

Quel est le premier employeur du Cameroun ?

L'État : 306 159 agents publics étaient en activité selon Financial Afrik (juin 2026). La CDC est souvent présentée comme le deuxième employeur, avec environ 13 000 salariés en 2024.

Quel secteur emploie le plus au Cameroun ?

L'agriculture : 35,2 % des emplois selon l'EESI 3 de l'INS (2021), 41,9 % selon les estimations du BIT pour 2025.

Quels secteurs recrutent au Cameroun en 2026 ?

Aucune statistique officielle ne les classe. Les pouvoirs publics misent sur l'agro-industrie (plan d'import-substitution 2024-2026), l'énergie, le BTP et le numérique ; l'ONEFOP signale surtout un manque de techniciens et d'ouvriers qualifiés.

Qu'est-ce que la Silicon Mountain ?

C'est le surnom de Buea, dans le Sud-Ouest, devenue le principal pôle de start-up du Cameroun autour de son université et d'incubateurs comme ActivSpaces, lancé en 2009.

À prendre avec prudence

Les parts sectorielles de l'emploi divergent selon la source : 35,2 % d'agriculture pour l'INS (2021), 41,9 % pour le modèle du BIT (2025) ; Wikipédia cite par ailleurs 32,2 % pour 2024, sans source primaire identifiable, chiffre que nous ne retenons pas. La masse salariale de l'État varie selon la source : 1 753,5 milliards de FCFA versés en 2025 (EcoMatin), environ 1 783 milliards par an selon l'estimation de Financial Afrik. Les effectifs d'entreprises sont ceux qu'elles revendiquent ou que rapporte la presse, à des dates différentes ; ceux d'Orange Cameroun, de la Sodecoton et des Brasseries du Cameroun n'ont pas été trouvés dans une source récente. Les chiffres du port de Kribi datent du chantier (2013). Le nombre de start-up de Buea n'est mesuré par aucune source fiable.

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Sources consultées