L'emploi informel au Cameroun : bendskin, buyam-sellam et petits métiers
Moto-taxi, vendeuse de beignets, tailleur de quartier, revendeuse de vivres, réparateur de téléphones : au Cameroun, l'informel n'est pas une marge, c'est la norme. Selon l'INS, 86,6 % des emplois étaient informels en 2021 et le pays comptait un peu plus de 3,4 millions d'unités de production informelles hors agriculture. Cette fiche explique ce que recouvre le mot, ce qu'on y gagne, pourquoi si peu d'activités se déclarent et ce que l'État propose pour les faire entrer dans le circuit officiel.
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Qu'est-ce que le secteur informel ?
Pour l'INS, le secteur informel regroupe les unités de production qui n'ont pas de numéro de contribuable et/ou ne tiennent pas de comptabilité formelle au sens du plan comptable OHADA. La définition suit les normes du Bureau international du travail. En 2021, 96,4 % de ces unités n'avaient ni numéro de contribuable ni comptabilité. L'emploi informel est plus large : il comprend aussi l'agriculture paysanne et les salariés non déclarés.
| Secteur | Part des emplois |
|---|---|
| Informel non agricole | 52,0 % |
| Informel agricole | 34,6 % |
| Administration publique | 7,1 % |
| Entreprises publiques ou parapubliques | 1,2 % |
| Entreprises privées formelles | 5,1 % |
La part de l'informel atteint 94,9 % des emplois en milieu rural, 78,9 % à Douala et 75,9 % à Yaoundé ; elle est de 91,0 % chez les femmes contre 83,4 % chez les hommes. Dans l'économie, l'INS évaluait en 2016, lors du changement d'année de base des comptes nationaux, le poids du secteur informel à 42 % du PIB, contre 37,8 % dans l'ancienne base de 2005 (Ecomatin, 2021).
Les métiers de l'informel
Hors agriculture, 36,4 % des unités informelles relèvent des services, 35,2 % du commerce et 28,4 % de l'industrie (transformation, couture, BTP). Le commerce de détail est la première branche (29,0 % des unités), suivi de la restauration (14,7 %), de l'agro-alimentaire (14,1 %) et du transport (10,1 %). Près de neuf unités sur dix (85,7 %) n'occupent qu'une personne, et six sur dix travaillent sans local : dans la rue, au marché ou en ambulant.
- Bendskin (moto-taxi, « bendskineur » pour le conducteur) : le transport de passagers à moto. Dans l'EESI 3, les unités de transport sont à 100 % tenues par des hommes, presque toutes sans local (99,8 %), et rapportent l'un des revenus les plus élevés de l'informel : 112 600 FCFA par mois en moyenne, 76 300 FCFA en médiane (2021). À Douala, la communauté urbaine a imposé dès 2017 permis, carte grise et chasubles de couleur par arrondissement (Camer.be).
- Buyam-sellam (aussi écrit bayam-sellam) : les commerçantes revendeuses de vivres que l'on trouve sur tous les marchés de Yaoundé et du reste du pays, selon une étude publiée par une revue agronomique en 2016. Elles ont leur association, l'Association des bayam-sellam du Cameroun, qui organise notamment une foire à Yaoundé (Febasy, 11e édition en décembre 2024). Le commerce de détail informel est dirigé à 63,1 % par des femmes selon l'INS.
- Restauration de rue, couture, coiffure, réparation : la restauration est tenue à 86,4 % par des femmes et la confection à 81,4 %, tandis que la réparation et le BTP informels sont quasiment exclusivement masculins (INS, 2021).
Revenus et conditions de travail
| Indicateur | 2010 | 2021 |
|---|---|---|
| Revenu mensuel moyen par travailleur (FCFA) | 48 400 | 83 409 |
| Revenu mensuel médian (FCFA) | 24 000 | 40 000 |
| Durée de travail hebdomadaire moyenne (heures) | 37,7 | 40,5 |
| Taux de salarisation (%) | 8,6 | 5,8 |
| Chiffre d'affaires mensuel moyen par unité (FCFA) | 316 800 | 328 706 |
| Part des travailleurs gagnant moins que le SMIG (%) | non publié dans le rapport | 47,0 |
Près de la moitié des travailleurs de l'informel (47,0 %) gagnaient en 2021 moins que le SMIG de l'époque (36 270 FCFA). Trois sur quatre (74,3 %) ont appris leur métier seuls ou sur le tas, et ils ont en moyenne 6,6 années d'études. Le capital de départ vient surtout de l'épargne personnelle (55,9 % des unités), des dons ou héritages (16,3 %) et des tontines (12,9 %) ; les prêts bancaires sont presque inexistants (0,05 %). Les revenus détaillés par ville, sexe et statut figurent dans la fiche sur les salaires.
Protection sociale : l'assurance volontaire CNPS
Dans l'informel, la protection sociale est presque absente : en 2021, 99,5 % des unités n'étaient pas affiliées à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), seulement 1,1 % avaient déclaré au moins un employé, et 15,1 % des patrons disaient avoir déjà entendu parler de la sécurité sociale (INS). Pour eux, la CNPS a ouvert une assurance volontaire, prévue par un décret du 13 août 2014 et lancée le 1er décembre 2014 selon Camer.be. Elle couvre la vieillesse, l'invalidité et le décès ; l'assuré paie seul une cotisation de 8,4 % d'un revenu déclaré compris entre le SMIG et le plafond de 750 000 FCFA (CLEISS, 2024).
Le dispositif a progressé vite au départ : 85 000 inscrits en 2015, 140 000 en 2016 et 152 000 à la mi-2017, mais selon Camer.be seule la moitié des inscrits payaient réellement leurs cotisations. Selon la CNPS citée par Camer.be (2019), le régime volontaire comptait 134 883 assurés actifs en 2018 ; aucun chiffre plus récent n'est publié. Dans l'EESI 3, 31,7 % des patrons de l'informel se disaient favorables à un système de cotisation, et 64,3 % de ceux qui s'exprimaient ne voulaient pas payer plus de 2 000 FCFA par mois.
Impôts et formalisation
- Enregistrement : en 2021, 95,7 % des unités informelles n'avaient pas de numéro de contribuable, 97,4 % n'étaient pas au registre du commerce et 97,5 % n'avaient pas de carte professionnelle. Première raison invoquée : l'enregistrement « n'est pas obligatoire » (42,8 %), devant l'ignorance (24,5 %) et le coût (15,9 %). Seuls 12,6 % des patrons se disaient prêts à s'enregistrer et 17,4 % à payer l'impôt (INS).
- Rapports avec l'administration : 9,1 % des unités ont eu un litige avec l'État dans l'année, surtout fiscal ; l'INS relève que sept sur dix l'ont réglé par un « cadeau », un arrangement ou une amende sans reçu, pour 22 900 FCFA de cadeaux et 23 200 FCFA d'amendes en moyenne.
- Fiscalité : les petits contribuables relevaient de l'impôt libératoire. Depuis la loi de finances pour 2025, les entreprises de moins de 50 millions de FCFA de chiffre d'affaires paient l'impôt général synthétique (IGS), un forfait perçu au profit des communes, qui a remplacé l'impôt libératoire et le régime simplifié ; Ecomatin rapporte que l'État leur a reversé 10,35 milliards de FCFA à ce titre pour 2025. Les tranches et seuils sont détaillés dans la fiche sur les impôts des entreprises.
- Statut de l'entreprenant : l'Acte uniforme OHADA relatif au droit commercial général, adopté le 15 décembre 2010, a créé ce statut simplifié pour l'entrepreneur individuel, qui se déclare au registre du commerce et du crédit mobilier (RCCM). Il le perd s'il dépasse pendant deux années consécutives le plafond de chiffre d'affaires fixé par l'État (article 30).
- Créer son entreprise : les Centres de formalités de création des entreprises (CFCE) délivrent en 72 heures carte de contribuable, inscription au registre du commerce et patente exonérée la première année ; l'INS rappelait en 2022 un coût de 41 500 FCFA pour une entreprise individuelle et 51 500 FCFA pour une SARL, tandis que le ministère des Finances affiche 41 500 FCFA d'immatriculation dans les deux cas (voir la fiche sur la création d'entreprise).
- Appui public : le Programme intégré d'appui aux acteurs du secteur informel (PIAASI), rattaché au ministère de l'Emploi (MINEFOP), finance des projets générateurs de revenus par du crédit. En 2010, il couvrait 270 arrondissements sur 300 et devait recouvrer près de 4 milliards de FCFA auprès de jeunes emprunteurs (237online). L'EESI 3 montre que l'aide de l'État ne finance que 0,03 % des capitaux de départ.
Questions fréquentes
Quelle est la part de l'informel au Cameroun ?
86,6 % des emplois étaient informels en 2021 selon l'EESI 3 de l'INS : 52,0 % hors agriculture et 34,6 % dans l'agriculture. Le secteur pesait 42 % du PIB selon les comptes nationaux de base 2016.
Combien gagne un moto-taximan au Cameroun ?
Dans la branche transport de l'informel, le revenu mensuel moyen était de 112 600 FCFA et le revenu médian de 76 300 FCFA en 2021, selon l'INS. Aucune statistique propre aux seuls moto-taxis n'a été trouvée.
Que veut dire buyam-sellam ?
Le mot vient du pidgin « buy 'em, sell 'em » : il désigne les revendeuses qui achètent des vivres aux producteurs ou aux grossistes pour les revendre au détail sur les marchés.
Un travailleur informel peut-il cotiser à la CNPS ?
Oui, par l'assurance volontaire ouverte fin 2014 : l'assuré verse 8,4 % d'un revenu déclaré compris entre le SMIG et 750 000 FCFA pour s'ouvrir des droits à pension de vieillesse, d'invalidité et de décès.
Pourquoi les entreprises informelles ne se déclarent-elles pas ?
Selon l'INS (2021), 42,8 % des patrons estiment que ce n'est pas obligatoire, 24,5 % ne savent pas qu'il faut s'enregistrer et 15,9 % trouvent les démarches trop chères.
Combien y a-t-il d'entreprises informelles au Cameroun ?
Un peu plus de 3,4 millions d'unités de production informelles hors agriculture en 2021, dont 63,7 % en ville, selon l'INS.
À prendre avec prudence
Le poids de l'informel dans le PIB (42 %) date du changement de base de 2016 et provient d'un article d'Ecomatin résumant une note de l'INS qui n'est pas publiée en ligne ; l'article annonce une hausse de 2,5 points alors que 37,8 % et 42 % en font 4,2. Le revenu moyen 2021 figure à 83 409 FCFA dans un chapitre du rapport de l'INS et à 85 500 FCFA dans un autre. Aucun recensement officiel récent du nombre de moto-taxis n'a été trouvé. La date de création du PIAASI varie selon les sources (2002, 2003 ou 2005) et ses chiffres récents ne sont pas publiés. L'IGS a été créé par la loi de finances pour 2025 selon Ecomatin et Deloitte ; son barème officiel n'est pas publié dans un document public de l'administration fiscale. Le rapport de l'INS donne 96,4 % d'unités sans numéro de contribuable ni comptabilité et 95,7 % sans numéro de contribuable, deux chiffres difficilement compatibles, reproduits tels quels. Le nombre d'assurés volontaires de la CNPS postérieur à 2018 n'est pas publié en ligne.