Entreprendre

Financer son projet d'entreprise au Cameroun

Trouver de l'argent reste le principal obstacle des créateurs d'entreprise au Cameroun. Les banques prêtent surtout aux grandes entreprises, la microfinance est très présente mais fragile, et l'État a multiplié les dispositifs pour les jeunes, avec des résultats inégaux. La plupart des projets démarrent donc sur l'épargne personnelle, la famille ou la tontine, avant de pouvoir prétendre à un crédit.

Informations vérifiées le

Les banques : combien coûte un crédit ?

La Banque des États de l'Afrique centrale (BEAC) publie chaque trimestre le taux effectif global (TEG) moyen des crédits, c'est-à-dire leur coût total, frais et assurances compris. Au quatrième trimestre 2025, les établissements de crédit du Cameroun ont accordé 208 919 nouveaux crédits pour 1 922,4 milliards de FCFA, à un TEG moyen de 8,38 %. Mais la moyenne cache de grands écarts : les grandes entreprises ont emprunté à 6,72 % auprès des banques, les PME à 11,43 % et les particuliers à 14,78 %.

BénéficiaireMontantTEG moyen (banques)
Grandes entreprises1 236 milliards de FCFA6,72 %
PME376 milliards11,43 %
Administrations publiques167 milliards8,10 %
Particuliers137 milliards14,78 %
Nouveaux crédits au Cameroun au quatrième trimestre 2025, par bénéficiaire. Source : BEAC, rapport sur les taux débiteurs, T4 2025 (TEG des banques).

Les établissements financiers non bancaires (crédit-bail, crédit à la consommation) sont plus chers : 19,16 % en moyenne pour les PME au même trimestre, selon la BEAC.

La microfinance

Le Cameroun concentre l'essentiel de la microfinance d'Afrique centrale : 384 établissements de microfinance (EMF) y exerçaient en 2024 selon la Commission bancaire de l'Afrique centrale (COBAC), soit 73,7 % des 521 EMF de la zone CEMAC, et ils ont accordé 659,4 milliards de FCFA de crédits cette année-là. Le ministère des Finances parle, lui, de plus de 400 structures.

Le secteur reste fragile. Plusieurs EMF ont fermé ces dernières années, dont Cofinest, Comeci, City Trust et Crédit du Golfe, cités par Ecomatin. Par décision du 26 juin 2025, la COBAC a placé UNICS Plc, à Yaoundé, sous administration provisoire pour six mois ; le 25 mars 2026, elle a retiré l'agrément de la CECIL, agréée depuis 2008, et ordonné sa liquidation pour manquements à la gouvernance. Avant d'y déposer son épargne ou d'y emprunter, mieux vaut s'assurer que l'établissement est agréé et ne fait pas l'objet d'une mesure de la COBAC.

La Banque camerounaise des PME (BC-PME)

Créée en 2015 avec un capital entièrement public de 20 milliards de FCFA, la BC-PME devait faciliter l'accès des PME au crédit. Ses prêts ont fortement reculé : en 2024, elle n'a financé que 85 porteurs de projet (77 hommes, 8 femmes) et rejeté 42 dossiers, pour insolvabilité, rentabilité insuffisante ou plan d'affaires jugé faible, selon Ecomatin. Elle a perdu 1,1 milliard de FCFA en 2023 ; en février 2026, ses actionnaires ont approuvé une augmentation de capital de 40 milliards, sous réserve de l'accord de la COBAC (Agence Ecofin).

AnnéeCrédits
201812,3
20196,7
20208,7
202119,1
202210,9
20237,05
20241,95
Crédits accordés par la BC-PME, en milliards de FCFA. Source : Ecomatin, 14 mai 2025.

Les dispositifs publics pour les jeunes

DispositifPublicCe qu'il offre
FOGAJEUNE (Fonds de garantie aux jeunes entrepreneurs), MINJECCamerounais de 15 à 35 ans inscrits à l'Observatoire national de la jeunesseSubventions jusqu'à 1,5 million de FCFA, prêts sans intérêt, prêts à 8 % de 10 à 25 millions, garantie des crédits bancaires
PAJER-U (Programme d'appui à la jeunesse rurale et urbaine), créé en 2007, MINJECCamerounais de 15 à 30 ans, diplômés ou nonFormation, accompagnement, subventions et crédits sur plan d'affaires ; montants non publiés
PIAASI (Programme intégré d'appui aux acteurs du secteur informel), MINEFOP, créé au début des années 2000Jeunes et acteurs de l'économie informelleMicrocrédits remboursables, avec onze mois de différé et quinze mois de remboursement
FNE (Fonds national de l'emploi)Chercheurs d'emploiProgrammes d'auto-emploi, dont MICROPAR pour les microentreprises et PARIC pour les émigrés de retour
Principaux dispositifs publics. Sources : Ecomatin (28 février 2026), Kamerpower (2024), 237online, fiche emploi des jeunes.

Annoncé par le président Paul Biya le 10 février 2022 et appelé à remplacer le Fonds national d'insertion des jeunes (FONIJ), le FOGAJEUNE affirme avoir mobilisé 26,5 milliards de FCFA entre 2023 et 2025 : 6,5 milliards en financement direct pour 4 273 projets et 12 861 emplois annoncés, et plus de 20 milliards au titre de la garantie, grâce à des conventions signées avec des établissements financiers en avril 2024 (Campost, CCA, Crédit du Sahel, NFC Bank, Express Union, entre autres). Ces chiffres sont ceux du fonds lui-même. Pour le PIAASI, environ 4 milliards de FCFA de prêts restaient à recouvrer selon 237online, dans un article de 2010 mis à jour en 2025.

Incubateurs et capital-risque

Le capital-risque reste marginal : selon le cabinet Partech, cité par Forbes Afrique, les start-up camerounaises n'ont levé que 14 millions de dollars en 2024, en trois opérations, ce qui place le pays au 12e rang africain, loin du Nigeria (520 millions) et de l'Afrique du Sud (459 millions). Les structures d'accompagnement citées par Forbes Afrique en 2025 sont notamment ActivSpaces, Mountain Hub, Le Boukarou et Fako Capital.

ActivSpaces, incubateur de Buéa présidé par l'entrepreneuse Rebecca Enonchong, est au cœur de l'écosystème qu'elle a popularisé sous le nom de « Silicon Mountain » lors d'un Barcamp en 2013. La crise anglophone l'a durement touché : selon Frenchweb (2019), la coupure d'internet de trois mois imposée en 2017 aux deux régions anglophones a poussé des start-up à déménager vers Douala, et ActivSpaces, qui hébergeait une dizaine de jeunes pousses, n'en comptait plus qu'une en 2019.

Mobile money et argent de la diaspora

Pour les petits commerces, le mobile money est devenu l'outil de paiement de base. Selon le rapport 2024 de la BEAC sur les services de paiement, le Cameroun comptait 30 992 177 comptes de mobile money, qui ont réalisé 2,7 milliards de transactions pour 26 773 milliards de FCFA, soit 76,9 % des montants de la CEMAC. Les transferts de la diaspora par mobile money ont atteint 1 354 milliards de FCFA dans toute la CEMAC en 2024, en hausse de 77 %, dont 60 % venus de l'Union européenne ; la BEAC ne publie pas, dans les articles consultés, la part du seul Cameroun.

Ces flux servent surtout à payer et à transférer : les sources consultées ne donnent pas de chiffres fiables sur le microcrédit par mobile money ni sur l'investissement productif de la diaspora. Les aides au retour sont traitées dans la fiche sur le retour de la diaspora, et l'épargne collective dans celle sur les tontines et njangui.

Questions fréquentes

Quel est le taux d'intérêt d'un crédit pour une PME au Cameroun ?

Au quatrième trimestre 2025, les PME ont emprunté auprès des banques à un taux effectif global moyen de 11,43 %, selon la BEAC, contre 6,72 % pour les grandes entreprises.

Combien y a-t-il de microfinances au Cameroun ?

384 établissements de microfinance exerçaient en 2024 selon la COBAC, soit près des trois quarts de ceux de la CEMAC. Le ministère des Finances en compte plus de 400.

Qu'est-ce que le FOGAJEUNE ?

Le Fonds de garantie aux jeunes entrepreneurs, rattaché au ministère de la Jeunesse, finance et garantit les projets des Camerounais de 15 à 35 ans : subventions jusqu'à 1,5 million de FCFA et prêts à taux réduit.

La BC-PME prête-t-elle aux petites entreprises ?

Oui, c'est sa mission, mais ses prêts sont tombés à 1,95 milliard de FCFA pour 85 porteurs de projet en 2024, le plus bas niveau en sept ans selon Ecomatin.

Comment financer une start-up au Cameroun ?

Le capital-risque est rare : 14 millions de dollars levés en 2024 selon Partech. Les fondateurs passent surtout par des incubateurs comme ActivSpaces, les dispositifs publics pour les jeunes et leurs fonds propres.

À prendre avec prudence

Les chiffres du FOGAJEUNE (projets financés, emplois) sont ceux qu'il annonce lui-même et n'ont pas été vérifiés de façon indépendante. Les montants du PAJER-U ne sont pas publiés. Le chiffre de 4 milliards de FCFA à recouvrer pour le PIAASI date d'un article de 2010, et sa date de création varie selon les sources (2002, 2003 ou 2005). Aucune donnée fiable n'a été trouvée sur le crédit par mobile money ni sur un fonds de garantie FOGAC.

À lire aussi

Villes liées

Personnalités liées

Sources consultées