Le marché du travail

L'emploi des jeunes au Cameroun : chômage, informel, programmes

Le taux de chômage officiel du Cameroun paraît bas, autour de 3 à 6 % selon la source. Il cache une autre réalité : l'immense majorité des emplois sont informels, une grande partie des actifs travaillent moins qu'ils ne le voudraient ou gagnent moins que le salaire minimum, et le chômage frappe davantage les diplômés du supérieur que le reste de la population. Cette fiche rassemble les chiffres publics, en précisant à chaque fois ce qu'ils mesurent.

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Le chômage : ce que disent les chiffres

La source nationale de référence est l'Enquête sur l'emploi et le secteur informel (EESI) de l'Institut national de la statistique (INS), menée en 2005, 2010 puis 2021 (EESI 3, financée avec la Banque mondiale, résultats publiés en 2023). Au sens du Bureau international du travail (BIT), un chômeur est une personne sans emploi la semaine précédente, qui a cherché du travail le mois précédent et est disponible. L'INS calcule aussi des mesures élargies (SU2 à SU4) qui ajoutent le sous-emploi lié au temps de travail et la « main-d'œuvre potentielle », notamment les chômeurs découragés.

ZoneSU1 (%)SU2 (%)SU3 (%)SU4 (%)
Douala15,428,419,031,5
Yaoundé11,729,516,533,3
Urbain9,426,713,730,3
Rural1,617,74,720,5
Cameroun6,123,010,026,3
Indicateurs de sous-utilisation de la main-d'œuvre, 14 ans et plus, EESI 3 (2021), dépliant de l'INS. SU1 : chômage BIT ; SU2 : chômage + sous-emploi lié au temps de travail ; SU4 : mesure composite.

Le chômage est donc d'abord un phénomène urbain : il touche 15,4 % des actifs à Douala et 11,7 % à Yaoundé, contre 1,6 % en zone rurale, où l'on travaille presque toujours, même peu. Quand on ajoute le sous-emploi, plus d'un actif sur quatre est sous-utilisé à l'échelle du pays. L'INS précise que ces résultats, calculés selon les normes du BIT de 2013, ne sont pas comparables à ceux des enquêtes de 2005 et 2010.

IndicateurValeurAnnée
Chômage, ensemble (modélisé BIT)3,6 %2025
Chômage des 15-24 ans (modélisé BIT)6,5 %2025
Chômage, ensemble (estimation nationale)3,3 %2021
Chômage des actifs ayant fait des études supérieures18,8 % (13,3 % en 2014)2021
Jeunes ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET)23,2 % (17,0 % en 2014)2021
Emploi vulnérable (indépendants et aides familiaux)67,6 % des emplois (73,6 % en 2015)2025
Estimations de la Banque mondiale (base de données des Indicateurs du développement, consultée en octobre 2026). « Modélisé » : estimation du BIT.

L'informel, norme du marché du travail

Selon l'EESI 3 (2021), 86,6 % des emplois sont informels : 52,0 % dans l'informel non agricole et 34,6 % dans l'informel agricole. L'administration publique n'en représente que 7,1 %, les entreprises publiques ou parapubliques 1,2 % et le privé formel 5,1 %. Le taux d'emploi est de 50,8 % chez les 14 ans et plus (58,3 % chez les hommes, 43,7 % chez les femmes) et tombe à 39,3 % chez les 15-34 ans. Seuls 38,6 % des actifs occupés sont salariés, 64,6 % à Yaoundé.

Le chômage des diplômés du supérieur (18,8 % en 2021 selon la Banque mondiale) est trois fois plus élevé que le chômage moyen : le marché formel, privé comme public, ne crée pas assez de postes qualifiés pour absorber les sortants des universités. D'où l'attrait des concours administratifs et, pour certains, de l'émigration : depuis les crises économiques des années 1990, des centaines de diplômés quittent chaque année le pays pour l'étranger, selon la page Wikipédia consacrée à l'éducation au Cameroun.

Le salaire minimum (SMIG)

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) a été fixé à 36 270 FCFA par mois par le décret n° 2014/2217/PM du 24 juillet 2014. C'est ce montant, alors en vigueur, que l'INS utilise dans l'EESI 3 (2021) pour mesurer le sous-emploi « invisible » : les actifs qui gagnent moins que le SMIG pour 40 heures par semaine. Le décret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023 l'a remplacé par trois montants : 60 000 FCFA dans le secteur privé non agricole, 45 000 FCFA dans le secteur agricole et assimilé, 41 875 FCFA pour les agents de l'État relevant du Code du travail. Ce dernier montant a été porté à 43 969 FCFA par le décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024. Le détail figure dans la fiche consacrée au SMIG.

Les dispositifs publics

  • Fonds national de l'emploi (FNE) : créé le 27 avril 1990, financé par une taxe de 1 % sur les salaires bruts versée par les entreprises, il compte 17 agences. Il met en relation candidats et employeurs et gère des programmes comme le PED (emploi des diplômés), le PEJ (pacte pour l'emploi des jeunes), le PADER (emploi rural), MICROPAR (microentreprises) et PARIC (retour des émigrés). Sa CVthèque comptait 65 148 profils en octobre 2026.
  • Recrutement spécial de 2 000 enseignants dans les universités d'État : annoncé par le chef de l'État fin 2018, prévu en trois phases (1 000 postes en 2019, 500 en 2020, 500 en 2021), avec un âge limite porté à 45 ans. Selon le MINESUP, 1 237 titulaires d'un doctorat ou d'un PhD ont été recrutés lors de la première phase (2019) ; les deuxième et troisième phases ont porté sur 549 postes (résultats publiés en mai 2021) et 573 postes (novembre 2022).
  • Programmes rattachés au MINEFOP : le PIAASI (insertion et appui au secteur informel) et la plateforme emploijeune.cm figurent parmi les structures liées au ministère ; un programme baptisé JEME a été lancé en novembre 2025 pour former et insérer des jeunes en zones rurales et urbaines.
  • Budget 2026 : selon Wikipédia, la loi de finances 2026 réserve 50 milliards de FCFA à l'emploi des jeunes et des femmes.

Où travaillent les Camerounais

Selon l'EESI 3 de l'INS (2021), 35,2 % des emplois relèvent du secteur primaire (agriculture, élevage, pêche, forêt), 17,5 % de l'industrie, 14,6 % du commerce et 32,7 % des autres services ; les estimations modélisées du BIT reprises par la Banque mondiale donnent pour 2025 41,9 % pour l'agriculture, 14,6 % pour l'industrie et 43,5 % pour les services, commerce compris. Aucune source statistique officielle et récente classant les secteurs qui recrutent le plus de jeunes diplômés n'a été trouvée : la fiche sur les secteurs qui recrutent détaille ce que l'on sait.

Questions fréquentes

Quel est le taux de chômage au Cameroun ?

Selon l'EESI 3 de l'INS (2021), le chômage au sens du BIT est de 6,1 % des actifs de 14 ans et plus, mais 15,4 % à Douala et 11,7 % à Yaoundé. La Banque mondiale estime le taux à 3,6 % en 2025 (modèle du BIT).

Quelle est la part de l'informel au Cameroun ?

86,6 % des emplois sont informels selon l'EESI 3 (2021), dont 52,0 % hors agriculture et 34,6 % dans l'agriculture.

Quel est le SMIG au Cameroun ?

Depuis le décret du 21 mars 2023, trois montants coexistent : 60 000 FCFA par mois dans le privé non agricole, 45 000 FCFA dans l'agriculture et, depuis le décret du 23 février 2024, 43 969 FCFA pour les agents de l'État relevant du Code du travail. L'ancien SMIG unique de 36 270 FCFA (2014) est abrogé.

Les diplômés sont-ils plus au chômage au Cameroun ?

Oui : selon la Banque mondiale, 18,8 % des actifs ayant fait des études supérieures étaient au chômage en 2021, contre 3,3 % pour l'ensemble des actifs.

Qu'est-ce que le FNE au Cameroun ?

Le Fonds national de l'emploi, créé en 1990, est le service public de l'emploi : il diffuse des offres, met en relation candidats et employeurs et finance des programmes d'insertion et d'auto-emploi.

À prendre avec prudence

Les taux de chômage divergent selon la source : 6,1 % (INS, EESI 3, 14 ans et plus, normes BIT de 2013) contre 3,3 % (estimation nationale reprise par la Banque mondiale pour 2021), sans que la différence de méthode soit documentée dans les sources consultées. Dans le dépliant de l'INS, la ligne « Cameroun » est mal mise en forme ; l'ordre des valeurs retenu ici est cohérent avec les lignes urbaine et rurale. Les parts de l'informel agricole et du secteur public sont parfois reprises à 34,7 % et 8,2 % ; les valeurs retenues ici (34,6 %, 7,1 % et 1,2 %) sont celles qui donnent le total de 86,6 % d'emplois informels. Le recrutement de 25 000 jeunes diplômés dans la fonction publique en 2011 est traité dans la fiche sur le recrutement dans la fonction publique, le PAJER-U dans celle sur le financement d'un projet et le « bushfalling » dans celle sur le retour de la diaspora. Les trois phases du recrutement spécial d'enseignants totalisent plus de 2 000 postes (2 359 selon les résultats du MINESUP, contre 2 000 annoncés) : les chiffres du MINESUP sont reproduits tels quels.

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Villes liées

Sources consultées