Venir travailler au Cameroun

Rentrer travailler au Cameroun quand on vit à l'étranger

Plusieurs centaines de milliers de Camerounais vivent à l'étranger, plusieurs millions selon les estimations officielles, et ils ont envoyé au pays l'équivalent de 690 millions de dollars en 2024 selon la Banque mondiale. Rentrer pour travailler ou entreprendre pose des questions très concrètes : la loi de 1968, toujours en vigueur, fait perdre la nationalité camerounaise à qui en acquiert une autre ; les diplômes obtenus à l'étranger doivent être reconnus ; les dispositifs d'accueil sont nombreux mais dispersés. Cette fiche fait le point, sources à l'appui.

Informations vérifiées le

En bref

Émigrés (ONU, 2024)
409 677, dont 44,9 % dans l'UE
Transferts reçus (2024)
690 millions de dollars, 1,29 % du PIB (Banque mondiale)
Double nationalité
Non reconnue (loi n° 1968-LF-3, art. 31)
Interlocuteur
MINREX, direction des Camerounais à l'étranger

La diaspora en chiffres

Il n'existe pas de recensement de la diaspora, et les chiffres varient d'un facteur dix selon ce qu'on compte. Les Nations unies (ONU-DAES), reprises par la fiche Cameroun du dispositif européen EUDiF, dénombrent 409 677 personnes nées au Cameroun et vivant à l'étranger en 2024, soit environ 1 % de la population, dont 44,9 % dans l'Union européenne. Les estimations officielles ou militantes, qui incluent les descendants et les naturalisés, sont bien plus hautes : 5 millions lors du Forum de la diaspora de 2017, 4 à 5 millions selon le think tank CEIDES en 2019, environ 6 millions dans le programme Diasdev de la Caisse des dépôts et consignations rapporté par la presse en 2026.

PaysÉmigrés
France127 995
Nigeria56 288
Gabon54 949
Canada43 662
Tchad40 472
Principaux pays de résidence des émigrés nés au Cameroun, 2024. Source : ONU-DAES, via la fiche Cameroun d'EUDiF.

Les transferts d'argent

Les envois de fonds des migrants ont presque triplé en dix ans selon la Banque mondiale, avec un pic en 2023. Ils restent modestes rapportés au PIB (1,29 % en 2024), et la fiche EUDiF, qui les situait sous 1 % du PIB, y voit une raison du faible intérêt de l'État pour la diaspora jusqu'ici. Une partie des transferts passe par des circuits informels et échappe à ces chiffres.

AnnéeMillions de $% du PIB
2015242—
20193560,90
20203340,82
20214300,96
20225631,27
20237871,61
20246901,29
Envois de fonds personnels reçus par le Cameroun, en millions de dollars courants. Source : Banque mondiale, indicateur BX.TRF.PWKR.CD.DT (mise à jour du 8 octobre 2026).

Le gouvernement cherche désormais à orienter cette épargne vers l'investissement : selon Camer.be (juillet 2026), le programme Diasdev de la Caisse des dépôts et consignations (CDEC) vise à mobiliser 2 000 milliards de FCFA auprès de la diaspora. Le même article avance 652 milliards de FCFA transférés en 2024, un chiffre nettement supérieur à celui de la Banque mondiale et dont la source n'est pas précisée.

Le Cameroun interdit-il la double nationalité ?

Oui, en droit. La loi n° 1968-LF-3 du 11 juin 1968 portant code de la nationalité, toujours en vigueur, prévoit en son article 31 que perd la nationalité camerounaise le Camerounais majeur qui acquiert ou conserve volontairement une nationalité étrangère. La perte n'exige donc pas de démarche : elle découle de la naturalisation. La loi n° 2011/013 sur le vote des Camerounais de l'étranger exclut d'ailleurs les binationaux, ce que la fiche EUDiF présente comme une exclusion d'une grande partie de la diaspora.

Dans les faits, la règle est appliquée de façon inégale. Le journaliste Roland Tsapi (Camer.be, décembre 2019) la juge « virtuellement » en vigueur : ignorée la plupart du temps, invoquée au cas par cas, comme lorsque le Conseil constitutionnel a écarté en 2019 un candidat aux législatives dans le Wouri pour sa nationalité française. Un juriste interrogé par Camer.be affirmait de son côté qu'aucune négociation n'était engagée sur le sujet.

DateÉtape
Juin 1968Code de la nationalité : l'acquisition volontaire d'une autre nationalité fait perdre la nationalité camerounaise (art. 31).
Septembre-octobre 2019Le Grand dialogue national : sa commission n° 7 recommande de réformer le code pour admettre la double ou multiple nationalité.
Juin 2020Un avant-projet de code des personnes et de la famille, soumis à consultation, prévoit (art. 81) que le Camerounais qui a une autre nationalité conserve la sienne, sauf répudiation.
Décembre 2023Selon Camer.be, le projet de nouveau code civil « en cours de conception » reprend le principe (art. 79), prévoit la répudiation devant le procureur ou à l'ambassade et la réintégration de ceux qui ont perdu leur nationalité sous la loi de 1968 (art. 101).
Octobre 2026Aucune adoption de ces textes par le Parlement n'a été trouvée : la loi de 1968 reste applicable.
Les étapes du débat sur la double nationalité, d'après la presse (Cameroon Tribune, Camer.be) et Citizenship Rights in Africa Initiative.

Conséquences pratiques pour les naturalisés

Un Camerounais d'origine devenu Français, Américain ou Canadien est, pour l'administration camerounaise, un étranger : il entre avec un visa obtenu sur la plateforme evisacam, et s'il s'installe, il relève du régime des étrangers (carte de séjour, visa du contrat de travail s'il est salarié). Ces démarches sont détaillées dans la fiche sur le permis de travail. Aucun statut particulier pour les Camerounais d'origine n'a été trouvé dans les textes consultés. La presse critique régulièrement ce coût : Camer.be évoque en 2026 un visa à 100 000 FCFA pour revenir dans son pays natal, montant qui correspond au tarif du visa long séjour fixé en 2023.

Ceux qui ont gardé la seule nationalité camerounaise rentrent avec leur passeport et n'ont aucune autorisation de travail à demander. Pour un emploi public, la nationalité camerounaise est exigée par les concours (voir la fiche sur les concours administratifs).

Qui accompagne le retour ?

  • Le ministère des Relations extérieures (MINREX), ministère chef de file, et en son sein la direction des Camerounais à l'étranger, des étrangers au Cameroun, des réfugiés et des questions migratoires. Les ambassades d'Europe et d'Amérique du Nord ont souvent un agent chargé de la diaspora, mais la fiche EUDiF note qu'on dispose de peu d'informations publiques sur leurs services.
  • Le Forum de la diaspora (FODIAS), tenu du 26 au 30 juin 2017 au Palais des congrès de Yaoundé, qui a recommandé un secrétariat d'État à la diaspora et une base de données des compétences ; un nouveau forum du MINREX a réuni des représentants de la diaspora en juin 2026, selon Cameroon Tribune.
  • Une stratégie nationale de mobilisation de la diaspora, préparée par le MINREX avec l'Organisation internationale pour les migrations (OIM) pour 2025-2026, avec une cartographie des compétences et un annuaire des entrepreneurs et investisseurs expatriés.
  • Le programme d'appui au retour et à l'insertion des jeunes de la diaspora (PARI-JEDII) et son volet DIALYJ, qui finance des coentreprises entre jeunes de la diaspora et jeunes restés au pays : 27 projets soutenus pour 399 millions de FCFA fin 2023, selon EUDiF.
  • DiasInvest 237 (MINREX, avec l'AFD), réservé aux porteurs de projets de la diaspora installés en France, et la plateforme CUD-Diaspora lancée en 2023 par la communauté urbaine de Douala pour recueillir les projets d'investissement.

Pour créer une entreprise depuis l'étranger ou au retour, les formalités sont les mêmes que pour un résident : voir la fiche sur la création d'entreprise et celle sur le financement d'un projet.

Faire reconnaître un diplôme étranger

Les équivalences des diplômes d'enseignement supérieur obtenus à l'étranger relèvent du ministère de l'Enseignement supérieur (MINESUP), qui statue sur avis d'une commission nationale d'évaluation des formations créée en 1993 ; le formulaire de demande est publié sur le site du ministère. La commission vérifie que l'établissement est reconnu dans son pays, qu'il a la capacité de dispenser la formation, et que les formations délocalisées ont l'autorisation du MINESUP. Lors de sa 88e session (septembre 2018), elle a examiné 1 362 demandes venues d'une quarantaine de pays, accordé 1 341 équivalences et rejeté 20 diplômes jugés non authentiques. L'équivalence (ou le récépissé de la demande) est exigée pour les concours et le recrutement dans la fonction publique.

Les frais et délais de la procédure ne sont pas publiés dans les pages consultées. Pour les diplômes du secondaire, voir la fiche sur le système éducatif.

« Bushfalling » et fuite des cerveaux

Dans les régions anglophones, partir à l'étranger se dit en pidgin « bushfalling » depuis la fin des années 1990, selon la thèse de l'anthropologue Maybritt Jill Alpes (Université d'Amsterdam, 2011) : c'est l'image du chasseur qui part en brousse (bush) traquer le gibier, c'est-à-dire l'argent, et en rapporter les trophées. L'émigré est un « bushfaller ». La sociologue Henrietta Nyamnjoh (Université du Cap, 2021) montre que les étudiants camerounais choisissent leurs études en pensant à l'émigration. Le camfranglais dit, lui, « mbenguiste » pour l'émigré en Europe.

La médecine est le secteur le plus touché. En juillet 2026, le président de l'Ordre national des médecins, Rodolphe Fonkoua, citait une enquête de l'Ordre selon laquelle 5 000 médecins camerounais exercent à l'étranger, contre 4 000 au pays, soit un médecin pour 30 000 habitants ; il évoquait aussi environ 750 médecins formés par an, un salaire d'environ 175 000 FCFA par mois et 60 à 70 % de jeunes médecins sans emploi. Une étude de l'OIM de 2009, citée par EUDiF, estimait que 42 % des Camerounais travaillant en Europe étaient hautement qualifiés.

Questions fréquentes

La double nationalité est-elle autorisée au Cameroun ?

Non. Selon l'article 31 du code de la nationalité de 1968, toujours en vigueur en octobre 2026, le Camerounais majeur qui acquiert volontairement une autre nationalité perd la nationalité camerounaise. Des projets de code civil prévoient de l'autoriser, mais aucun n'a été adopté.

Un Camerounais naturalisé français a-t-il besoin d'un visa pour aller au Cameroun ?

Oui : ayant perdu la nationalité camerounaise, il voyage comme étranger et doit demander un visa sur evisacam.cm. S'il s'installe et travaille, il lui faut aussi une carte de séjour et un contrat de travail visé.

Combien de Camerounais vivent à l'étranger ?

L'ONU compte 409 677 émigrés nés au Cameroun en 2024, surtout en France, au Nigeria, au Gabon, au Canada et au Tchad. Les estimations officielles, qui incluent descendants et naturalisés, vont de 4 à 6 millions.

Combien la diaspora envoie-t-elle au Cameroun ?

Selon la Banque mondiale, 690 millions de dollars en 2024 (1,29 % du PIB), après un record de 787 millions en 2023.

Comment faire reconnaître un diplôme étranger au Cameroun ?

En déposant une demande d'équivalence au ministère de l'Enseignement supérieur (MINESUP), dont le formulaire est en ligne ; une commission nationale vérifie l'authenticité du diplôme et la reconnaissance de l'établissement avant de proposer l'équivalence.

Que veut dire « bushfalling » ?

C'est le mot pidgin des régions anglophones pour l'émigration, apparu à la fin des années 1990 : partir en brousse chasser le gibier (l'argent) pour en rapporter les trophées. L'émigré est un « bushfaller ».

À prendre avec prudence

Les chiffres de la diaspora divergent fortement : 409 677 émigrés pour l'ONU (2024) contre 4 à 6 millions dans les discours officiels, qui comptent aussi descendants et naturalisés sans méthode publiée. Les transferts de 2024 valent 690 millions de dollars pour la Banque mondiale, 652 milliards de FCFA selon Camer.be (source non précisée). L'ordre des pays de destination est repris tel que présenté par EUDiF. Les chiffres de l'Ordre des médecins viennent d'une déclaration rapportée par la presse, pas d'une publication consultée. L'état d'avancement du projet de code civil après 2023 n'a pas pu être établi ; les frais et délais de l'équivalence MINESUP ne sont pas publiés en ligne.

À lire aussi

Villes liées

Sources consultées