Travailler au Cameroun quand on est étranger
Le Cameroun n'a pas de « permis de travail » au sens d'une carte distincte : un étranger salarié doit faire viser son contrat de travail par l'administration avant de commencer, entrer avec un visa long séjour, puis obtenir une carte de séjour auprès de la Sûreté nationale. Depuis 2023, le visa du contrat coûte à l'employeur l'équivalent d'un à deux mois de salaire brut, et le gouvernement multiplie les contrôles : en 2026, seuls 11 800 travailleurs étrangers étaient en règle sur environ 30 000 attendus. Cette fiche détaille chaque étape, les coûts connus et les points que les sources officielles ne précisent pas.
Informations vérifiées le
En bref
- Base légale
- Code du travail de 1992, art. 27 ; loi n° 97/012 du 10 janvier 1997 sur les étrangers
- Visa du contrat
- Ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP)
- Coût du visa du contrat (depuis 2023)
- 2 mois de salaire brut ; 1 mois pour les Africains
- Carte de séjour
- DGSN, valable 2 ans
- Visa d'entrée
- En ligne sur evisacam.cm
Le principe : un contrat visé avant de commencer
L'article 27 du code du travail de 1992 dispose que tout contrat de travail concernant un travailleur de nationalité étrangère doit, avant tout commencement d'exécution, être visé par le ministre. Dans les faits, c'est le ministère de l'Emploi et de la Formation professionnelle (MINEFOP), et sa direction de la régulation de la main-d'œuvre, qui instruit les demandes, encaisse les frais et mène les contrôles, selon Cameroon Tribune et EcoMatin. La demande est faite par l'employeur. Un étranger venu travailler pour son compte (commerce, profession libérale) n'est pas concerné par le visa du contrat, mais par les règles de séjour et de création d'entreprise.
Une lettre-circulaire du ministre de l'Emploi du 3 février 2023, rapportée par Droit Médias Finance, a rappelé deux règles. Seul le visa long séjour permet d'exercer une activité professionnelle, en application du décret du 4 septembre 2007 sur l'entrée et le séjour des étrangers ; le visa temporaire de 90 jours ne le permet pas. Et, selon l'article 6 du décret n° 93/575 du 15 juillet 1993, le contrat d'un travailleur résidant au Cameroun sous visa touristique est rejeté. La circulaire relevait qu'environ 90 % des étrangers entrent avec un visa temporaire.
Combien coûte le visa du contrat de travail ?
La loi de finances 2023 a institué des frais de visa des contrats de travail des étrangers égaux à deux mois de salaire brut pour les travailleurs non africains, et à un mois (soit une réduction de 50 %) pour les travailleurs africains. Le gouvernement a lancé en mai 2024 un appel à consultants pour établir un référentiel des salaires des expatriés par poste, afin d'éviter les sous-déclarations, et préparait en juillet 2024 un projet de décret de 16 articles sur la procédure, le renouvellement et les sanctions.
| Période | Recettes | Objectif |
|---|---|---|
| 6 février - 12 septembre 2023 | 3,4 milliards de FCFA | — |
| 2023 | 5 milliards de FCFA | 14 milliards |
| 2024 | 14,46 milliards de FCFA | 20 milliards |
| 2025 | Non publié | Plus de 20 milliards |
La liste officielle des pièces à fournir et le délai d'instruction ne sont pas publiés sur les pages officielles consultées. Les guides privés mentionnent le contrat en plusieurs exemplaires, le CV et les diplômes du salarié et une justification du recours à un étranger, mais nous n'avons pas pu le vérifier sur un texte officiel.
Contrôles : combien d'étrangers travaillent au Cameroun ?
Le ministre de l'Emploi par intérim, Mounouna Foutsou, a relancé en juin 2026 une campagne nationale de contrôle des travailleurs étrangers en situation irrégulière. Selon Cameroon Tribune, le pays comptait en janvier 2025 environ 60 000 étrangers titulaires d'un visa ou d'une carte de séjour, dont 16 000 titulaires d'une carte de résident, et environ 12 000 travailleurs chinois. La moitié environ seraient des travailleurs : selon la directrice de la régulation de la main-d'œuvre, Jeanine Ngo'o Eba, citée par EcoMatin, le fichier national n'en recense que 11 800 en situation régulière sur quelque 30 000 attendus, soit 39,3 %.
Aucun quota chiffré de travailleurs étrangers par entreprise n'a été trouvé dans les textes consultés. Le contrôle passe par le visa du contrat, qui permet à l'administration d'apprécier chaque embauche.
Le visa d'entrée : evisacam
Depuis le 30 avril 2023, les visas se demandent en ligne sur la plateforme officielle evisacam (evisacam.cm), lancée par le ministre des Relations extérieures Lejeune Mbella Mbella. Le paiement se fait par carte ou mobile, la réponse arrive en 72 heures (24 heures en procédure express), puis l'enrôlement biométrique a lieu à l'arrivée ou dans certaines représentations. Le Haut-commissariat à Londres conseille de déposer la demande au moins 10 jours avant le départ, et pas plus de six mois avant.
| Visa | Normal | Express (24 h) | Tarif en euros (evisacam) |
|---|---|---|---|
| Court séjour (1 à 180 jours) | 100 000 FCFA | 150 000 FCFA | 153 € (229 € express) |
| Long séjour (181 à 360 jours) | 200 000 FCFA | Non indiqué par le portail | 305 € |
Carte de séjour et carte de résident
Le séjour des étrangers est régi par la loi n° 97/012 du 10 janvier 1997 et son décret d'application n° 2007/255 du 4 septembre 2007, modifié par le décret n° 2008/052 du 30 janvier 2008. Les cartes sont délivrées par la Délégation générale à la Sûreté nationale (DGSN) et, depuis la réforme de 2016, comportent une puce électronique. La carte de séjour vaut deux ans et se renouvelle ; la demande de renouvellement doit être faite au moins un mois avant l'expiration, selon un guide spécialisé. La carte de résident, valable dix ans et renouvelable, est ouverte selon la loi de 1997 à l'étranger qui justifie de six ans de résidence régulière ininterrompue, et de plein droit au conjoint d'un Camerounais marié depuis au moins dix-huit mois.
- Copie certifiée du passeport portant un visa long séjour
- Certificat de domicile délivré par les autorités locales
- Extrait de casier judiciaire
- Attestation de situation fiscale ou quitus fiscal
- Justificatifs du motif du séjour (contrat visé pour un salarié)
- Pré-enrôlement en ligne, puis enrôlement physique à la DGSN
| Catégorie | Carte de séjour | Carte de résident |
|---|---|---|
| Ressortissants africains | 120 000 FCFA (Temo Vision) ou 150 000 (Visa Atlas) | 250 000 FCFA |
| Français | 200 000 FCFA | 500 000 FCFA |
| Autres nationalités | 250 000 FCFA (Temo Vision) ou 300 000 (Visa Atlas) | 700 000 FCFA |
| Étudiants, mineurs | 30 000 FCFA (Temo Vision) ou 50 000 (Visa Atlas) | — |
| Conjoint de Camerounais | — | 60 000 FCFA |
Les ressortissants de la CEMAC
Les ressortissants de la République centrafricaine, du Tchad, du Congo, de la Guinée équatoriale et du Gabon peuvent entrer au Cameroun sans visa pour 90 jours au plus. La libre circulation proclamée par la CEMAC ne vaut pas pour autant droit de travailler sans formalités : le politiste Cyrille Aymard Bekono observait en 2019 que la politique migratoire camerounaise n'a jamais consacré de statut propre aux ressortissants communautaires et reste muette sur leur droit d'entrer et de résider librement. Un salarié de la CEMAC reste donc soumis au visa du contrat (au tarif africain d'un mois de salaire) et aux règles de séjour.
Sécurité sociale et impôts des expatriés
Le salarié étranger recruté au Cameroun est affilié à la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS) comme un salarié camerounais : le principe des conventions est l'assujettissement dans le pays où le travail est exercé. La convention de sécurité sociale franco-camerounaise, signée le 5 novembre 1990 et en vigueur depuis le 1er mars 1992, permet au salarié détaché par une entreprise française de rester affilié en France pendant son détachement, et rend les pensions (vieillesse, invalidité, survivants, accidents du travail) payables dans l'autre pays. Le régime camerounais ne comporte pas d'assurance chômage, rappelle le CLEISS. Les taux de cotisation sont détaillés dans la fiche CNPS.
Côté impôt, le salaire d'un expatrié est soumis aux mêmes retenues que celui d'un salarié local (impôt sur le revenu et taxes prélevés sur la fiche de paie) ; voir la fiche sur la fiche de paie. Le visa du contrat n'est pas un impôt sur le salaire : c'est un frais payé par l'employeur à chaque visa.
Questions fréquentes
Faut-il un permis de travail pour travailler au Cameroun ?
Il n'existe pas de carte de permis de travail distincte : l'employeur doit faire viser le contrat de travail par le ministère de l'Emploi (MINEFOP) avant le début du travail, et le salarié doit avoir un visa long séjour puis une carte de séjour.
Combien coûte le visa du contrat de travail au Cameroun ?
Depuis la loi de finances 2023, deux mois de salaire brut pour un travailleur non africain et un mois pour un travailleur africain, à la charge de l'employeur.
Peut-on travailler au Cameroun avec un visa touristique ?
Non. Selon la circulaire du ministre de l'Emploi du 3 février 2023, seul le visa long séjour permet de travailler, et le contrat d'un travailleur résidant sous visa touristique est rejeté.
Comment demander un visa pour le Cameroun ?
En ligne sur evisacam.cm, avec paiement par carte ou mobile ; la réponse arrive en 72 heures (24 heures en express) et l'enrôlement biométrique se fait à l'arrivée. Depuis la loi de finances 2023, le visa long séjour coûte 200 000 FCFA selon l'ambassade du Cameroun en Égypte (305 € sur evisacam.cm), le court séjour 100 000 FCFA (153 €) ; 50 000 FCFA était l'ancien tarif d'un visa de trois mois.
Quelle est la durée de la carte de séjour au Cameroun ?
Deux ans, renouvelable. Après six ans de résidence régulière, ou dix-huit mois de mariage avec un Camerounais, on peut obtenir une carte de résident valable dix ans.
Les ressortissants de la CEMAC ont-ils besoin d'un visa pour travailler au Cameroun ?
Ils entrent sans visa pour 90 jours au plus, mais pour être salariés, leur contrat doit être visé (au tarif africain d'un mois de salaire) et ils relèvent des règles de séjour.
Un expatrié cotise-t-il à la CNPS ?
Oui, s'il est recruté au Cameroun. Un salarié détaché par une entreprise française peut rester affilié en France grâce à la convention de 1990, en vigueur depuis 1992.
À prendre avec prudence
Le code du travail confie le visa au « ministre » sans le nommer : les sources récentes montrent que c'est le MINEFOP qui instruit, mais les guides privés citent aussi le ministère du Travail. La circulaire de 2023 cite le décret de 2007 sous le numéro 2007/275 dans l'article qui la rapporte ; le décret d'application de la loi de 1997 porte le numéro 2007/255. Les montants des cartes de séjour et de résident viennent de guides privés qui divergent entre eux. Les chiffres d'étrangers (60 000 étrangers au total selon Cameroon Tribune en 2026, mais 60 000 travailleurs expatriés selon le même journal en 2023 et 2024) ne concordent pas. La date de relance des contrôles diffère selon la presse (début ou 22 juin 2026). Aucun quota, ni délai officiel d'instruction du visa du contrat, n'a été trouvé.