Droit du travail et protection sociale

Le SMIG au Cameroun : montants, décrets et historique

Le salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) est le plancher sous lequel aucun employeur ne peut rémunérer un salarié relevant du Code du travail. Il est fixé par décret du Premier ministre, après avis de la Commission nationale consultative du travail (article 62 du Code du travail de 1992). Resté à 36 270 FCFA de 2014 à 2023, il a été scindé en trois montants par secteur en mars 2023, puis relevé pour les seuls agents de l'État en février 2024. En octobre 2026, ce sont toujours ces montants qui s'appliquent.

Informations vérifiées le

En bref

Secteur privé non agricole
60 000 FCFA par mois (décret du 21 mars 2023)
Secteur agricole et assimilé
45 000 FCFA par mois (décret du 21 mars 2023)
Agents de l'État relevant du Code du travail
43 969 FCFA par mois (décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024)
Base légale
Article 62 du Code du travail (loi n° 92/007 du 14 août 1992)

Les montants en vigueur en 2026

Le décret signé le 21 mars 2023 par le Premier ministre Joseph Dion Ngute, entré en vigueur le 23 mars selon Lebledparle, a créé pour la première fois trois SMIG distincts. Il abroge le décret de 2014. Les montants avaient été approuvés à l'unanimité le 8 février 2023 par la Commission nationale consultative du travail, qui réunit le ministre du Travail, les syndicats et le patronat. Le gouvernement les a présentés comme des « mesures d'accompagnement » de la hausse des prix des carburants du 31 janvier 2023.

Catégorie de salariésMontant mensuelTexte
Autres secteurs d'activité (privé non agricole)60 000 FCFADécret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023
Secteur agricole et assimilé45 000 FCFADécret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023
Agents de l'État relevant du Code du travail43 969 FCFA (41 875 FCFA de mars 2023 à février 2024)Décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024
SMIG mensuel par catégorie, selon les décrets de 2023 et 2024 (L'Economie, Lebledparle, EcoMatin). Aucun nouveau décret n'avait été publié en octobre 2026.

Le décret du 23 février 2024 a relevé de 5 % (+2 094 FCFA) le seul SMIG des agents de l'État relevant du Code du travail, applicable dès sa signature ; selon EcoMatin, les montants de 45 000 et 60 000 FCFA sont restés inchangés. Il est intervenu environ trois semaines après une nouvelle hausse des carburants (+15 % pour le super, +13 % pour le gasoil). Le site WageIndicator, consulté en octobre 2026, recense toujours ces trois montants comme les derniers en vigueur.

Le paradoxe est souvent relevé : l'État, qui fixe le plancher, s'applique à lui-même le montant le plus bas. Dès mars 2023, l'économiste et homme politique Louis-Marie Kakdeu dénonçait, selon KOACI, une revalorisation « discriminatoire » contraire à l'esprit du Code du travail, qui prévoit un SMIG interprofessionnel unique.

Historique du SMIG depuis 1992

AnnéeSMIG mensuelHausseTexte
199219 000 FCFA—Non précisé
199523 514 FCFA+4 514Non précisé
200828 216 FCFA+4 702Non précisé
201436 270 FCFA+8 054Décret n° 2014/2217/PM du 24 juillet 2014
202341 875 (État), 45 000 (agricole), 60 000 FCFA (autres)+5 605 au plus basDécret n° 2023/00338/PM du 21 mars 2023
202443 969 FCFA (État seulement)+2 094 (+5 %)Décret n° 2024/0168/PM du 23 février 2024
Montants mensuels successifs. 1992 à 2008 : infographie de la CRTV reprise par Journal du Cameroun (30 avril 2024) ; 2014 à 2024 : décrets cités par la presse.

Entre 1995 et 2008, le salaire minimum n'a pas bougé pendant treize ans. Au total, le plus bas des SMIG a augmenté de 24 969 FCFA entre 1992 et 2024, selon le calcul de Journal du Cameroun.

Ce que le SMIG couvre, et ce qu'il ne couvre pas

  • Il s'applique aux salariés relevant du Code du travail : secteur privé, secteur agricole et agents de l'État recrutés sous contrat de droit du travail (et non aux fonctionnaires, payés selon leur propre grille).
  • Il ne protège pas les travailleurs de l'économie informelle, qui n'ont ni contrat ni bulletin de paie : c'est la majorité des actifs (voir la fiche sur l'emploi informel).
  • Le SMIG est un plancher : au-dessus, les catégories professionnelles et leurs salaires sont fixés par les conventions collectives de chaque branche ou par les accords d'établissement (article 62, alinéa 2).
  • L'employeur doit afficher les taux minima de salaire dans les lieux de paie (article 64 du Code du travail).

Le respect du plancher reste inégal, y compris dans le secteur public local. Un rapport du ministère de la Décentralisation (MINDDEVEL) de 2023, cité par EcoMatin en février 2024, relevait qu'environ 3,46 % des employés communaux gagnaient moins que l'ancien SMIG de 36 270 FCFA et que 29 % seulement étaient déclarés à la CNPS. Le texte d'application propre aux collectivités territoriales n'était pas encore signé à cette date.

Au-dessus du SMIG : les conventions collectives

Chaque branche (commerce, banques, assurances, BTP…) a sa convention collective, qui classe les emplois en catégories et échelons et fixe un salaire de base pour chacun. Les grilles complètes ne sont pas publiées en ligne par le ministère du Travail. Une révision récente, celle du commerce, est documentée par la presse :

ConventionDateHausse de la grille
Convention collective nationale du commerce (révision de la version de 2017)16 janvier 2024+30 % (catégories 1 à 3), +11 % (4 et 5), +7,5 % (6 à 8), +4 % (9 à 12) ; prime de transport portée de 1 000 à 1 300 FCFA par jour travaillé
Révision conventionnelle récente (Droit Médias Finance, janvier 2024).

Revendications et comparaison régionale

Les négociations tripartites de juin 2022 s'étaient achevées sans accord, selon Journal du Cameroun : certains syndicats réclamaient 82 000 FCFA, d'autres 100 000 FCFA, et la plateforme de huit confédérations CAWOF 104 737 FCFA, tandis que le patronat proposait entre 40 000 et 100 000 FCFA selon les secteurs. Le décret de 2023 est resté nettement en deçà. Le 1er mai 2026, le ministre du Travail Grégoire Owona a promis une nouvelle revalorisation « dans les années à venir », sans montant ni calendrier, selon Camer.be.

Les mêmes négociations de 2022 situaient le Cameroun en bas de l'Afrique centrale : Journal du Cameroun citait alors 128 000 FCFA en Guinée équatoriale, 80 000 FCFA au Gabon et 60 000 FCFA au Tchad. Ces chiffres datent de 2022 et n'ont pas été revérifiés pour 2026.

Questions fréquentes

Quel est le SMIG au Cameroun en 2026 ?

Trois montants coexistent : 60 000 FCFA par mois dans le secteur privé non agricole, 45 000 FCFA dans le secteur agricole (décret du 21 mars 2023) et 43 969 FCFA pour les agents de l'État relevant du Code du travail (décret du 23 février 2024).

Le SMIG est-il toujours de 36 270 FCFA ?

Non. Ce montant, fixé par le décret du 24 juillet 2014, a été abrogé par le décret du 21 mars 2023. Certains articles de presse de 2026 le citent encore à tort.

Qui fixe le SMIG au Cameroun ?

Le Premier ministre, par décret, après avis de la Commission nationale consultative du travail, où siègent gouvernement, syndicats et patronat (article 62 du Code du travail).

Quand le SMIG sera-t-il augmenté ?

Aucune date n'est fixée. Le 1er mai 2026, le ministre du Travail a promis une revalorisation « dans les années à venir », sans annoncer de montant.

Un employeur peut-il payer moins que le SMIG ?

Non pour un salarié relevant du Code du travail : le SMIG est un plancher légal, et les conventions collectives fixent souvent des minima plus élevés par catégorie.

À prendre avec prudence

Le texte intégral des décrets de 2023 et 2024 n'est publié en ligne qu'en version scannée, difficilement lisible : les montants viennent de la presse, concordante sur 41 875, 45 000, 60 000 et 43 969 FCFA. EcoMatin écrit une fois « 41 865 » pour 2023, mais la hausse de 5 % menant à 43 969 FCFA confirme 41 875. Le décret de 2023 est noté « 2023/00338/PM » par ECOLEX et « 2023/0038/PM » dans une citation de la CNPS reprise par EcoMatin. Les numéros et dates des décrets de 1992, 1995 et 2008 n'ont pas été trouvés. Le taux horaire du SMIG et les grilles complètes des conventions collectives ne sont pas publiés en ligne de façon officielle. La date de 30 juillet 2014 parfois citée diffère de celle du décret (24 juillet 2014).

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Sources consultées