Licenciement et démission au Cameroun
Un contrat à durée indéterminée peut toujours être rompu par l'employeur ou par le salarié, à condition de respecter un préavis et de notifier la rupture par écrit, motif à l'appui (article 34 du Code du travail). Ce qui est dû au départ dépend de la façon dont le contrat prend fin : démission, licenciement pour motif personnel, faute lourde ou licenciement économique. Le Code et l'arrêté n° 016/MTPS/SG/CJ du 26 mai 1993 fixent un minimum légal, que beaucoup de conventions collectives améliorent.
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Les façons de mettre fin au contrat
| Situation | Règle |
|---|---|
| Démission (CDI) | Notifiée par écrit avec le motif ; préavis à respecter, sinon le salarié doit une indemnité égale au préavis non effectué |
| Licenciement (CDI) | Notifié par écrit avec le motif ; préavis, indemnité de licenciement après deux ans d'ancienneté ; l'employeur doit prouver que le motif est légitime |
| Faute lourde | Rupture sans préavis ni indemnité de licenciement, sous le contrôle du juge, qui apprécie la gravité de la faute |
| CDD | Pas de rupture avant terme, sauf faute lourde, force majeure ou accord écrit des deux parties |
| Période d'essai | Rupture libre, sans préavis ni indemnité, sauf clause contraire |
| Femme enceinte | Peut partir sans préavis ; ne peut pas être licenciée à cause de sa grossesse ni pendant le congé de maternité |
| Modification refusée | Si le salarié refuse une modification substantielle proposée par l'employeur, la rupture est imputable à l'employeur ; elle n'est abusive que si la modification n'est pas justifiée par l'intérêt de l'entreprise |
Une vente, une fusion ou une succession ne met pas fin aux contrats : ils se poursuivent avec le nouvel employeur. La fermeture de l'entreprise ne dispense pas de respecter les règles de rupture, et la faillite ou la liquidation judiciaire ne sont pas des cas de force majeure (article 42).
Les salariés protégés
- Est abusif tout licenciement motivé par les opinions du salarié ou par son appartenance, ou non, à un syndicat (article 39).
- Délégués du personnel, candidats et anciens délégués pendant six mois : licenciement soumis à l'autorisation de l'inspecteur du travail, qui répond en un mois (deux s'il prolonge l'enquête) ; sans autorisation, le licenciement est nul (article 130).
- Femmes enceintes et en congé de maternité (article 84).
Le licenciement économique
Est économique le licenciement qui ne tient pas à la personne du salarié mais à une suppression ou une transformation d'emploi, ou à une modification du contrat, liée à des difficultés économiques, à des mutations technologiques ou à une restructuration. Le Code impose une procédure en plusieurs étapes (article 40).
- 1. L'employeur réunit les délégués du personnel, en présence de l'inspecteur du travail, pour chercher d'autres solutions : réduction d'horaires, roulement, temps partiel, chômage technique, réaménagement des primes, voire baisse des salaires.
- 2. Les négociations durent 30 jours francs au plus ; en cas d'accord, un procès-verbal signé par les parties et l'inspecteur fixe les mesures. Le salarié qui les refuse par écrit est licencié avec préavis et, s'il y a droit, indemnité de licenciement.
- 3. Sans accord, ou si des licenciements restent nécessaires, l'employeur établit l'ordre des départs selon les aptitudes professionnelles (en priorité), l'ancienneté et les charges de famille, et transmet la liste aux délégués, qui répondent sous huit jours francs.
- 4. Le tout est transmis au ministre du Travail pour arbitrage. Un délégué ne peut être licencié que si son poste est supprimé et avec l'autorisation de l'inspecteur.
- 5. En cas de contestation, c'est à l'employeur de prouver le motif et l'ordre retenu. Le salarié licencié a, à aptitude égale, une priorité de réembauche pendant deux ans dans la même entreprise.
Le préavis
Le préavis court à partir de la notification écrite. Il ne peut être soumis à aucune condition ni imputé sur les congés. Pendant le préavis, le salarié a droit à un jour de liberté par semaine, payé à plein salaire, pour chercher un emploi (article 35) ; la convention des entreprises forestières en accorde deux. Si le préavis n'est pas respecté, la partie responsable doit une indemnité égale au salaire et aux avantages de la période non effectuée (article 36). Sa durée est fixée par un arrêté du ministre selon l'ancienneté et la catégorie (article 34) : l'arrêté n° 015/MTPS/SG/CJ du 26 mai 1993. Son texte n'est pas publié en ligne ; le tableau ci-dessous reprend les durées publiées par le prestataire de portage salarial Atlas HXM.
| Catégorie | Moins d'un an | 1 à 5 ans | Plus de 5 ans |
|---|---|---|---|
| I à VI | 15 jours | 1 mois | 2 mois |
| VII à IX | 1 mois | 2 mois | 3 mois |
| X à XII | 1 mois | 3 mois | 4 mois |
L'indemnité de licenciement
Tout salarié licencié, hors faute lourde, qui a au moins deux ans de service continu dans l'entreprise a droit à une indemnité de licenciement, distincte du préavis (article 37 du Code). L'arrêté n° 016/MTPS/SG/CJ du 26 mai 1993 la calcule ainsi : pour chaque année de présence, un pourcentage du salaire mensuel moyen des douze derniers mois, qui augmente avec l'ancienneté. Les fractions d'année comptent, au mois échu près. Sont exclus de la base les remboursements de frais et les avantages en nature. Comptent dans l'ancienneté : les congés payés, les permissions d'absence, la plupart des suspensions du contrat (maladie, maternité, accident du travail, chômage technique, notamment) et les périodes légales de stage et de formation.
| Années d'ancienneté | Taux par année | Cumul en fin de tranche |
|---|---|---|
| 1re à 5e année | 20 % | 1 mois de salaire après 5 ans |
| 6e à 10e année | 25 % | 2,25 mois après 10 ans |
| 11e à 15e année | 30 % | 3,75 mois après 15 ans |
| 16e à 20e année | 35 % | 5,5 mois après 20 ans |
| À partir de la 21e année | 40 % | + 0,4 mois par année supplémentaire |
| Convention | Taux par année d'ancienneté |
|---|---|
| Exploitation et transformation du bois (2002) | 35 % du salaire mensuel brut moyen, quelle que soit l'ancienneté (à partir de deux ans) |
| Industries de transformation (2023) | 35 % (1 à 10 ans), 40 % (11 à 20 ans), 45 % (au-delà de 20 ans) |
| Commerce (révision de 2024) | 30 % (1 à 5 ans), 35 % (5 à 10 ans), 45 % (10 à 15 ans), 50 % (15 à 20 ans), 55 % (plus de 20 ans) |
Ce qui est dû au départ
| Élément | Quand | Base légale |
|---|---|---|
| Salaire et indemnités dus | Dès la cessation de service, dans tous les cas | Article 68 |
| Indemnité de congés payés non pris | Si le contrat prend fin avant que les congés acquis aient été pris | Article 92 |
| Indemnité compensatrice de préavis | Si le préavis n'est pas effectué, hors faute lourde | Article 36 |
| Indemnité de licenciement | Licenciement après deux ans, hors faute lourde | Article 37 et arrêté n° 016 |
| Dommages-intérêts | Rupture abusive ou procédure irrégulière, sur décision du juge | Article 39 |
| Certificat de travail | Au moment du départ, quel que soit le motif | Article 44 |
Pour un licenciement abusif, les dommages-intérêts ne peuvent être inférieurs à trois mois de salaire ni dépasser un mois de salaire par année d'ancienneté ; si le licenciement était justifié mais la procédure non respectée, ils sont plafonnés à un mois. La base est le salaire moyen mensuel brut des douze derniers mois, et ces dommages-intérêts s'ajoutent à l'indemnité de préavis et à l'indemnité de licenciement (article 39). Le certificat de travail indique seulement les dates d'entrée et de sortie et les emplois occupés. Enfin, la signature d'un reçu « pour solde de tout compte » n'empêche pas le salarié de réclamer ce qui lui reste dû (article 69).
Recours et délais
- Première étape obligatoire : demander une conciliation à l'inspection du travail du lieu de travail (article 139). Un accord signé et visé par le président du tribunal est exécutoire.
- En cas d'échec, saisir le tribunal par une déclaration au greffe, avec le procès-verbal de non-conciliation ; le président cite les parties dans les deux jours, pour une audience dans les douze jours (articles 140 et 141).
- Procédure gratuite ; le salarié bénéficie de plein droit de l'assistance judiciaire pour faire exécuter le jugement (articles 138 et 149). Appel dans les 15 jours (article 154).
- Délai : l'action en paiement du salaire se prescrit par trois ans, et les indemnités liées à la rupture sont traitées comme du salaire. Une réclamation écrite devant l'inspecteur du travail interrompt ce délai (article 74). Le droit au congé se prescrit aussi par trois ans après la fin du travail (article 92).
Questions fréquentes
Combien d'indemnité de licenciement après 10 ans d'ancienneté au Cameroun ?
Au minimum légal, 2,25 mois de salaire moyen : 5 années à 20 % puis 5 années à 25 % (arrêté n° 016 de 1993). Une convention collective peut prévoir davantage.
Combien d'indemnité de licenciement après 5 ans de travail ?
Un mois de salaire mensuel moyen des douze derniers mois au minimum légal (5 × 20 %), en plus du préavis.
A-t-on droit à une indemnité de licenciement avec moins de deux ans d'ancienneté ?
Non, le Code exige deux ans de service continu, sauf convention collective ou contrat plus favorable. Le préavis, les congés acquis et le salaire restent dus.
Combien pour un licenciement abusif au Cameroun ?
Le juge fixe des dommages-intérêts d'au moins trois mois de salaire et d'au plus un mois par année d'ancienneté, en plus du préavis et de l'indemnité de licenciement (article 39).
Qu'obtient-on en cas de licenciement pour faute lourde ?
Ni préavis ni indemnité de licenciement, mais le salaire dû, l'indemnité des congés acquis et un certificat de travail. Le juge peut être saisi pour contester la gravité de la faute.
Quel délai pour contester un licenciement au Cameroun ?
Les sommes liées à la rupture se réclament dans les trois ans, comme le salaire ; une réclamation écrite devant l'inspecteur du travail interrompt ce délai. Il faut passer d'abord par la conciliation à l'inspection.
À prendre avec prudence
Le texte de l'arrêté n° 015/MTPS/SG/CJ du 26 mai 1993 sur le préavis n'a pas été trouvé en ligne : les durées données viennent d'un seul prestataire privé (Atlas HXM) et doivent être vérifiées. Certains guides en ligne publient des chiffres contraires aux textes officiels (indemnité de 30 à 40 % dès la première année, prescription de deux ans, six mois d'indemnité pour licenciement abusif) : ils ne sont pas repris. Les taux des conventions du commerce et des industries de transformation sont ceux rapportés par la presse, pas lus dans les conventions elles-mêmes ; l'article du commerce donne des tranches qui se chevauchent (« 1 à 5 ans », « 5 à 10 ans »), reproduites telles quelles.