Littoral

Makossa

La musique urbaine de Douala, devenue la plus célèbre du Cameroun

Époque : Années 1950-1980 · Les Duala et, plus largement, les peuples sawa de la côte

Qu'est-ce que c'est ?

Le makossa est une musique et une danse urbaines nées à Douala dans les années 1950. Porté par la guitare, une basse électrique très présente et des cuivres, il s'est imposé comme la musique populaire de tout le pays, puis s'est fait connaître dans le reste de l'Afrique et au-delà.

Histoire et origine du nom

Le nom vient du mot duala « kossa », un cri lancé pour exhorter les danseurs ; le chanteur Nelle Eyoum l'aurait employé le premier dans les années 1950 avec son groupe Los Calvinos. Le genre puise dans les rythmes sawa (ambass-bey, bolobo, essewé) et dans l'assiko bassa, mêlés au highlife ghanéen et nigérian, au merengue dominicain et à la rumba congolaise. Les premiers enregistrements n'arrivent qu'une décennie après sa naissance.

Rythme, instruments et danse

  • Un rythme dansant à la basse électrique très présente, enrichi à partir de la fin des années 1960 par le funk puis le disco, et marqué par le jeu de guitare de la rumba congolaise.
  • Guitare solo et guitare rythmique, basse, batterie, cuivres et, plus tard, synthétiseurs ; un chanteur principal soutenu par un chœur, où les voix féminines doivent beaucoup aux chorales des églises protestantes de Douala.
  • Chanté surtout en duala et en français, il accompagne une danse aux mouvements de reins suggestifs, longtemps mal vue des religieux.

Artistes marquants

  • Nelle Eyoum — à l'origine du mot makossa, qu'il lance dans les années 1950 avec son groupe Los Calvinos ; il est tenu pour l'initiateur du genre.
  • Eboa Lotin — pionnier du makossa acoustique, il enregistre son premier titre, « Mulema mam », en 1962 au studio de Radio Douala.
  • Manu Dibango — son « Soul Makossa » (1972), face B d'un hymne pour la Coupe d'Afrique des nations, entre au Billboard Hot 100 américain en 1973 et fait connaître le genre dans le monde entier.
  • Ekambi Brillant — son album Africa Oumba (1975) et son titre « Elongui », repris par de nombreux artistes, en font l'un des grands noms du genre.
  • Ben Decca — figure de l'âge d'or des années 1980, membre de l'Équipe nationale de makossa aux côtés de Grace Decca, Ndedi Eyango et Dina Bell.

Aujourd'hui

Dans les années 1980, le makossa s'installe à Paris et se mêle au zouk antillais ; il décline dans les années 1990 face à de nouveaux genres, et une fusion avec le soukous congolais révèle des artistes comme Petit Pays. Son héritage reste mondial : le refrain de « Soul Makossa » a été repris par Michael Jackson sur Thriller (1982) et par Rihanna en 2007. Des artistes comme Richard Bona et Charlotte Dipanda le prolongent aujourd'hui.

Ce que les sources ne tranchent pas

Le sens exact du mot est discuté : certains auteurs le traduisent par « les contorsions » (« m'a kossa »), d'autres par « (je) danse », d'autres encore le rattachent à « kósa », « épluche ! » ; Francis Bebey y voyait l'idée d'« entrer dans la danse ». Les sources ne s'accordent pas non plus sur le rôle d'Ekambi Brillant dans les années 1960, alors que ses premiers disques datent de 1971-1972.

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Sources consultées