Bikutsi
La musique qui « frappe la terre », venue du pays beti
Époque : Danse ancienne, modernisée des années 1950 aux années 1980 · Les Beti, dont les Ewondo de la région de Yaoundé

Qu'est-ce que c'est ?
Le bikutsi est une musique et une danse du Cameroun, née chez les Beti de la région du Centre, autour de Yaoundé. Musique de danse au rythme rapide et très percussif, elle accompagne les fêtes, les mariages et les funérailles. Dans sa forme moderne, électrifiée, elle rivalise avec le makossa comme style le plus célèbre du pays.
Histoire et origine du nom
En ewondo, le mot signifie « battre la terre » : « kut » veut dire frapper et « si » la terre, en référence aux pieds des danseurs qui frappent le sol. À l'origine, c'est une musique de femmes : réunies en cercle, elles chantaient leurs peines et leurs critiques en frappant des mains, des hochets ou des bambous, à une époque où la parole publique leur était refusée. Avec l'exode vers Yaoundé, des orchestres de balafons l'ont portée dans les bars de la ville dès les années 1950.
Rythme, instruments et danse
- Un rythme ternaire rapide à 6/8, découpé en deux fois trois temps, parfois à 9/8, tenu autrefois par les pieds et les mains, aujourd'hui par la batterie et les percussions.
- Le balafon, joué en orchestres de trois à cinq instruments, puis la guitare électrique, dont on entrave les cordes avec du fil de coton ou de la mousse pour qu'elle sonne comme un balafon.
- Des chœurs féminins, des cris et une danse énergique ; les paroles parlent de la vie quotidienne, du couple et de la sexualité, souvent avec ironie, ce qui vaut au genre des critiques pour leur crudité.
Artistes marquants
- Anne-Marie Nzié — surnommée « la reine mère du bikutsi », née en 1932 à Lolodorf et morte en 2016, elle a fait connaître le genre dans tout le pays.
- Messi Me Nkonda Martin — chanteur et guitariste du groupe Los Camaroes, présenté comme le père du bikutsi moderne pour avoir transposé le son du balafon sur la guitare électrique.
- Les Têtes Brûlées — groupe fondé à Yaoundé par Jean-Marie Ahanda, qui a porté le bikutsi en Europe et au Japon ; leur tournée française est filmée par Claire Denis dans « Man No Run » (1989).
- Les Vétérans — l'un des groupes de bikutsi les plus populaires des années 1970 et 1980.
- K-Tino — figure du bikutsi contemporain, interprété en grande partie par des femmes, qui se présente comme une « femme du peuple ».
Aujourd'hui
Le bikutsi reste l'un des genres les plus écoutés du Cameroun, porté par des chanteuses comme Lady Ponce ou K-Tino, et le mbolé, musique urbaine populaire depuis 2015, s'en inspire fortement. Ses paroles et ses danses suggestives restent controversées. À l'étranger, Paul Simon s'en est inspiré pour son album « The Rhythm of the Saints » (1990).
Ce que les sources ne tranchent pas
Les sources ne s'accordent pas sur les dates : les premiers succès populaires du genre sont situés dans les années 1940 ou dans les années 1950, et la fondation des Têtes Brûlées au milieu des années 1980 ou précisément en 1987. L'invention de la guitare « façon balafon » est attribuée tantôt à Messi Martin, tantôt au guitariste des Têtes Brûlées, Zanzibar.