Expressions camerounaises sur le pouvoir, la politique et les riches
Gros bonnets, patrons, hommes de main et opération Épervier : comment le parler populaire nomme ceux qui ont le pouvoir, et ce qu'ils en font.
20 expressions. Un même mot peut figurer dans plusieurs thèmes.
Apprenti-sorcier
n.m. La dernière trouvaille linguistique de Paul Biya, pour désigner les opposants. Lors des émeutes faisant suite aux hausses des couts et taxes de carburants, il n'a pas trouvé meilleur qualificatif pour désigner ceux qui seraient à l'origine de ce mouvement. Depuis le terme est repris à volonté pour désigner plus généralement ...les autres. Qui a dit que le peuple camerounais n'a pas d'humour?
Bao
n.m. Quelqu'un pour qui on a du respect, qui a du pouvoir, un grand. Plus intime et familier que le mot entier.
Baobab
n.m. Quelqu'un pour qui on a du respect, une personne influente, un grand. L'image est celle de l'arbre : imposant, ancien, impossible à ignorer. On dit aussi « bao » entre proches.
Canal Mendozé ou Canal Vamoulké
n.m.sert à désigner simplement la CRTV, tant elle a été marquée par ces DG successifs.
Capo
Personne influente, chef ou responsable qui a du pouvoir et des relations. Le terme, emprunté à l'italien où il signifie « tête, chef », marque le respect ou la crainte qu'inspire un homme important.
DG
un plat de poulet épicé et de plantains frits, mangé par les riches dans les restaurants (provient de "Directeur Général").
Djimtété
Personne importante, gros bonnet, notable qui compte. Le terme, admiratif ou ironique selon le ton, désigne celui qui a du poids et de l'influence.
Epervier
n.m. Opération d'assainissement des finances publiques menée en 2008 ayant conduit plusieurs hauts fonctionnaires en prison.
Eperviable
Se dit d'un responsable public suffisamment exposé pour risquer d'être rattrapé un jour par la vaste opération anti-corruption menée depuis 2006 contre les détournements de fonds de l'État. Toute personne en position de gérer l'argent public entre, en théorie, dans cette catégorie.
Epervié
Personne rattrapée par l'opération anti-corruption lancée par l'État camerounais en 2006, qui a envoyé en prison de hauts responsables et d'anciens dignitaires pour détournement de deniers publics. Le mot désigne le haut cadre déchu, tombé de son piédestal.
Faroter
Distribuer de l'argent avec ostentation, arroser une fête de billets pour se faire remarquer et honorer les invités. Pratique festive courante lors des cérémonies.
Hop-eye (hop')
Usage de la force ou de son autorité pour obtenir un bien, ou se faire servir. On pourrait parler dans certains cas de racket, mais pas sous la forme du gangstérisme proprement dit. Ça se vit généralement entre amis, dans la cour de récré, et le principe c'est l'intimidation du plus petit ou du plus faible.
Level
Niveau, rang social ou degré de réussite. Emprunté à l'anglais, le mot sert surtout à jauger quelqu'un : on dit d'une personne aisée ou très compétente qu'elle a un niveau élevé, ou au contraire qu'elle n'est pas à la hauteur.
Lourd (Etre...)
Avoir de l'argent, être riche ou du moins bien pourvu au moment où l'on parle. L'expression familière se dit aussi bien d'une fortune durable que de quelqu'un qui vient de toucher sa paie.
Massa
Monsieur, patron : terme d'adresse emprunté au pidgin english camerounais. Selon le linguiste George Echu, les francophones l'emploient au sens de « maître », alors que les anglophones en font plutôt une formule d'adresse entre copains ou camarades.
ExempleTakam give him. And tell him say a want see them big massa for some big market. A di comme from far away
Njimtété
Quelqu'un avec une grosse tête ou quelqu'un de riche et connu, le patron, le décideur.
Polè
Le mot est une apocope de "politique". 1. Un exercice d'abus de pouvoir, d'autorité. On parlera de celle "du plus fort". 2. Un jeu de foot porte ce nom : il se joue dans une moitié de terrain, avec un seul gardien et que des joueurs de champ. Le gardien met la balle en jeu et c'est à celui qui marquera un but ; il peut alors faire sortir un autre joueur de champ. Le jeu se poursuit jusqu'à ce qu'il ne reste plus qu'un seul joueur : c'est le vainqueur !
Sissia
v. Impressionner quelqu'un pour le faire céder, l'influencer, et parfois le menacer ou lui faire peur. Le mot vient des langues du Centre et du Sud du pays ; il est passé dans le camfranglais, où le Wiktionnaire le cite comme exemple de terme régional devenu commun à tous les jeunes urbains.
Tchinda
Serviteur dévoué, homme de main qui exécute les ordres d'un autre ; en camfranglais, aussi celui qu'on charge des fautes des autres, le bouc émissaire. Le mot vient des langues bamiléké de l'Ouest, où il désigne un notable au service du chef traditionnel.
Tété ou (Djimtété)
n.m. 1. Personnage important et influent, notamment quelqu'un de riche et connu : le patron, le décideur. 2. Chef de bande, caïd. Le terme est familier ; l'enfant d'un tel personnage est désigné, par une expression dérivée, comme un enfant de riche.