Expressions camerounaises pour manger et boire
Plats de rue, boissons, gargotes et verbes pour dire « manger » : le vocabulaire de la table, du beignet du matin à la bière du soir.
50 expressions. Un même mot peut figurer dans plusieurs thèmes.
Aboki
Vendeur de soya, ces brochettes de viande grillée vendues au coin des rues à la tombée du jour. À l'origine, le mot désigne en haoussa un ami ou un compagnon ; il s'est spécialisé au Cameroun pour nommer le marchand ambulant, souvent originaire du Nord.
Alcool (les)
Toujours au pluriel, pour parler de toute boisson forte, avec un peu de fierté ou d'intimité, c'est selon.
Atangana bread
ang., n.m. Bâton de manioc, comme pour dire qu'il remplace le pain en pays béti.
Atchomo
n.m., b. Petits beignets souvent vendus aux abords des établissements scolaires. Un vrai régal!
Beau-regard
Le cochon, désigné par une formule imagée et ironique : on prête à l'animal une allure avantageuse qu'il n'a pas.
B-H
Beignets et haricots, un plat très prisé, le soir, dans les cours de recré, le matin, tout le temps!
Bifaka ou Bifaga
n.m. Poisson fumé, conservé au feu de bois. C'est un ingrédient de base de la cuisine camerounaise, présent dans le ndolé comme dans l'eru.
Bissap
n.m., n. Jus, boisson à base de fleur d'Hibiscus Ssabdariffa, encore appelé de Guinée. Autre appelation: Foléré suivant les pays d'Afrique.
Bobolo
1. Bâton de manioc, pâte fermentée enroulée dans des feuilles puis cuite, que l'on mange avec la plupart des sauces. 2. Par analogie de forme, désigne aussi une personne enveloppée.
Champi
Vin pétillant que l'on débouche pour célébrer, le mousseux des grandes occasions. Diminutif affectueux réservé aux amateurs de bulles, employé dans un registre festif et complice.
Champicoter
Boire du mousseux, sabler les bulles lors d'une fête. Verbe forgé sur le vin des célébrations, il évoque une soirée arrosée et joyeuse.
Chantier
1. Gargotte, "restaurant" camerounais, souvent tenu par une "veuve joyeuse" (Plus souvent à Yaoundé). 2. Lieu de débrouillardise: cours de répétition, business
Circuit
Petite gargote populaire, restaurant de quartier bon marché où l'on mange sur le pouce. Très répandu à Douala, l'endroit sert des plats du jour à prix modique dans une ambiance sans façon.
Cook
Préparer un repas, faire la cuisine. Emprunt direct au verbe anglais de même sens, passé dans le langage courant au Cameroun anglophone comme francophone.
Damé
Manger. Le verbe est d'usage très courant, à toute heure et pour tout repas ; il est sans doute l'un des mots les plus employés du parler quotidien.
DG
un plat de poulet épicé et de plantains frits, mangé par les riches dans les restaurants (provient de "Directeur Général").
Djaf
La nourriture, le repas, tout ce qui se mange. Terme familier du quotidien, au cœur des conversations autour de la table.
Djaffer
Manger, se restaurer, se mettre à table. Verbe familier et imagé, il évoque le plaisir d'un bon repas partagé.
Doser
v. 1. Manger avec (très) bon appétit. 2. Donner des coups 3. Dans l'expression ça dose! on traduit l'appréciation que l'on a pour quelque chose.
Foléré
n.m., n. Jus, boisson à base de fleur d'Hibiscus Ssabdariffa, encore appelé de Guinée. Autre appelation: Bissap ou Jus de bissap suivant les pays d'Afrique.
Gnama
Manger, se nourrir ; par extension, la nourriture elle-même. Terme familier du quotidien, au cœur des conversations autour du repas.
Gneibs
Beignets de farine frits, vendus au coin des rues et souvent mangés au petit-déjeuner avec des haricots. Forme déformée et familière du mot, très courante à l'oral.
Gombo
1. Légume dont le fruit, riche en mucilage, sert à lier les sauces. 2. Au figuré, affaire juteuse, argent facile : pourboire, pot-de-vin ou petit à-côté payé en échange d'un service. 3. (Faire son …) Mener son affaire, chercher son profit. Le sens d'argent occulte est si courant qu'il désigne, dans la presse camerounaise, les « frais de taxi » remis aux journalistes par ceux dont ils couvrent l'événement ; on en a même tiré un verbe signifiant corrompre.
ExemplePour ce job, le gombo c'est how much?
Granuts
Arachides, cacahuètes ; de l'anglais "groundnuts".
ExempleIl tum les granuts au kwat (il vend les cacahuètes dans le quartier).
Grayer
Manger, se restaurer, prendre un repas. Verbe familier du camfranglais, employé surtout entre amis pour parler du repas qu'on va prendre ou qu'on vient de faire, sans aucune nuance péjorative.
Grayou
La nourriture, ce que l'on met dans son assiette, le repas. Terme familier employé dans les conversations de tous les jours.
Jazz
Haricots cuits puis frits dans l'huile, plat populaire vendu dans la rue et les gargotes. Associés aux beignets, ils forment le fameux duo beignets-haricots, souvent complété d'une bouillie, que l'on abrège en BH ou BHB.
Jazzer
Manger des haricots frits, le plat populaire vendu dans la rue avec les beignets. Le verbe est formé sur le surnom argotique de ce plat ; il n'a rien à voir avec son homonyme gabonais, qui signifie mentir.
Jong
Boire, de l'alcool en l'occurrence.
ExempleAllons jong ! (allons prendre un verre).
Koumbou
Grande assiette, récipient de bonne taille dans lequel on sert un repas. Nom féminin du parler populaire camerounais, que la liste d'origine présente comme emprunté à une langue locale.
Kossam
Lait de vache, et surtout lait caillé ou fermenté, vendu en bouteille ou en gobelet et bu frais ; on le présente souvent comme un yaourt local. Le mot vient du peul, où il désigne le lait ; une étude sur les emprunts du français camerounais le rattache plutôt au haoussa.
ExempleAvec une bouteille de kossam à la main, "Sankara" comme on l'appelle ici, connaît bien le commerçant du bétail et ses intervenants, et en qui les acteurs ont confiance.
Kwatta, vin du pauvre
Alcool blanc, sec et très fort, fabriqué artisanalement à partir de raphia et d'herbes de savane. C'est une eau-de-vie maison bon marché, d'où son surnom de boisson des petites bourses.
Liquidation (Comité de...)
Soirée après un évènement pour finir (liquider) les boissons restantes. Se tient souvent après les fêtes de fin d'année.
Lofombo
Gros beignets vendus dans la rue ou au marché, souvent mangés avec des haricots.
Maïs
Bière, appelée ainsi de façon affectueuse et codée entre amateurs. Emploi familier d'un nom de céréale, que l'on entend dans les bars et les conversations entre amis.
Mimbo
Boisson alcoolisée en général, et en particulier le vin de palme, sens qu'il a dans l'anglais du Cameroun. Le mot vient du pidgin english camerounais, d'où il est passé dans le parler des francophones ; il s'emploie aussi pour l'action de boire.
Mousse
Bière, désignée par l'écume blanche qui couronne le verre une fois servie. Ce surnom affectueux appartient au riche vocabulaire familier consacré à la boisson, très présente dans la sociabilité des bars.
Musclé ou Moss
n.m. beignets coutant 25 frs l'unité et vendus généralement dans les coins de rue ou dans les établissements primaires et secondaires par des maters!
Ndjindja
1. n.m. Gingembre, sous forme de racine ou pressé en jus. 2. adj. Difficile, compliqué, grave : se dit d'une situation ou d'une épreuve qui donne du fil à retordre.
Nkeleng-Nkeleng
n.m. Feuille verte qui sert a faire une sauce gluante qui se consomme au fufu de mais de manioc ou de riz
Nyama
Manger ; employé aussi comme nom pour désigner la nourriture, la pitance. Le mot viendrait du fulfuldé, la langue peule du Nord, et s'intègre au camfranglais au point de recevoir des préfixes français, comme re- pour dire manger de nouveau. Le Dictionnaire des francophones relève aussi au Cameroun les sens d'argent et de travail qui fait vivre.
ExempleJe ne te tell pas qu'hier je suis rego au resto pour renyama. Le ndolè là était trop moh. (Je ne te dis pas qu'hier je suis retourné au restaurant pour manger de nouveau. Leur ndolè était trop bon.)
Paf
Bouillie de maïs ou de mil que l'on prend au petit déjeuner, accompagnée de beignets. Le mot est recensé au Cameroun par l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire ; il s'emploie avec l'article, comme le nom d'un repas familier que l'on va « prendre » chez une vendeuse du quartier.
ExempleJe m'en vais prendre le paf chez Marni Titi
Pétillant
Champagne, désigné par ses bulles. Le mot s'emploie pour les fêtes et les grandes occasions, où déboucher une bouteille de ce vin coûteux est un signe de réussite.
Pétiller
Boire du champagne. Le verbe est formé sur le surnom familier de cette boisson à bulles, associée aux fêtes et aux grandes occasions, où elle sert à afficher sa réussite.
Pino
Pain, dans le registre familier. Le mot transforme le terme français en lui ajoutant une finale en -o, procédé courant dans le parler des jeunes citadins.
Soya
Brochettes de viande de bœuf, parfois d'abats ou de poulet, coupée en fines lanières, enfilée sur un bâtonnet de bambou, épicée puis grillée au feu de bois, et vendue le soir au bord de la rue. La grillade est d'origine haoussa : on la retrouve au Nigeria, au Niger et au Ghana, et elle s'est répandue du nord du Cameroun jusqu'aux grandes villes du Sud.
Sucrerie
Boisson douce sans alcool, le plus souvent gazeuse — soda, limonade — mais aussi jus de fruit ou sirop, par opposition à la bière et aux alcools. Le mot français qui désigne ailleurs les friandises s'est spécialisé dans ce sens dans une grande partie de l'Afrique francophone, du Cameroun au Sénégal en passant par le Tchad et la Côte d'Ivoire.
Tchop
La nourriture, le repas ; employé aussi comme verbe au sens de manger. Le mot vient du pidgin-english, qui l'a tiré de l'anglais, et on le relève dès l'époque coloniale dans plusieurs pays d'Afrique ; il est aujourd'hui l'un des piliers du camfranglais. Dans le parler jeune, le verbe peut aussi signifier énerver, agacer.
ExempleJe n'ai jamais such un mouna qui ya mo la tchop comme mon njanga. (Je n'ai jamais vu un enfant aimer la nourriture comme mon petit frère.)
Tongo
Boisson, en général alcoolisée. Le mot désigne aussi bien la bière que le vin ou l'alcool fort, et accompagne souvent une invitation à boire un verre.
Tourne-dos
Gargotte sur le trottoir où l'on mange en ayant la route derrière soi... d'où le nom !