Les expressions camerounaises les plus utilisées
Les mots qu'on entend partout, à Douala comme à Yaoundé, et qu'il faut connaître avant tout le reste. Une sélection faite par l'équipe du site, pas un classement statistique.
33 expressions. Un même mot peut figurer dans plusieurs thèmes.
Aboki
Vendeur de soya, ces brochettes de viande grillée vendues au coin des rues à la tombée du jour. À l'origine, le mot désigne en haoussa un ami ou un compagnon ; il s'est spécialisé au Cameroun pour nommer le marchand ambulant, souvent originaire du Nord.
Achouka!
interj. Bien fait pour toi ! (Ça t'apprendra !). L'expression orale va avec une gestuelle bien particulière : la tête légèrement relevée et l'index de la main droite qui semble caresser le cou, au niveau de la pomme d'Adam.
Assia!
p., interj. 1. Expression encourageant à supporter la douleur, endurer la difficulté 2. Expression de défiance.
Asso
n.m. 1. Client habituel, habitué. 2. Par extension, personne avec qui l'on a des affinités plus ou moins intéressées.
Ben Sikin (0)
Taxi à deux roues... Désigne aussi bien la mobylette que son conducteur. De l'anglais "bend skin" car ils conduisent tellement mal qu'il est arrivé très souvent que le passager se retrouve par terre, plié en deux.
Bindi
Petit frère ou petite sœur, et par extension toute personne plus jeune que soi dont on se sent responsable. S'écrit aussi mbindi.
Comot
Sortir (de l'anglais "come out"), au sens de quitter un lieu ou aussi de fréquenter quelqu'un.
ExempleSi tu n'es pas content, tu comot ; elle est comot avec moi (elle est sortie avec moi).
Damé
Manger. Le verbe est d'usage très courant, à toute heure et pour tout repas ; il est sans doute l'un des mots les plus employés du parler quotidien.
Djo
Un gars, un type. Terme neutre, l'un des plus employés pour désigner quelqu'un dont on ne dit pas le nom. S'écrit aussi joe.
Ekié ! (b)
Interjection qui marque la surprise, l'étonnement ou l'indignation, l'équivalent de « ça alors ! ». Elle jaillit spontanément face à l'inattendu.
Feyman
n.m. Escroc (prononcer "Féman"). Et par extension feywoman pour une femme, bien que plus rare.
Galérer
Perdre son temps sans rien accomplir, traîner sans but ; par extension, peiner dans la difficulté. Verbe familier de la vie qui n'avance pas.
Go
Fille, jeune femme, petite amie. Emprunt à l'anglais « girl », c'est l'un des mots les plus courants du parler des jeunes pour parler de séduction.
Gombo
1. Légume dont le fruit, riche en mucilage, sert à lier les sauces. 2. Au figuré, affaire juteuse, argent facile : pourboire, pot-de-vin ou petit à-côté payé en échange d'un service. 3. (Faire son …) Mener son affaire, chercher son profit. Le sens d'argent occulte est si courant qu'il désigne, dans la presse camerounaise, les « frais de taxi » remis aux journalistes par ceux dont ils couvrent l'événement ; on en a même tiré un verbe signifiant corrompre.
ExemplePour ce job, le gombo c'est how much?
I beg!
Formule pour demander quelque chose ou supplier : s'il te plaît, je t'en prie. Elle vient du pidgin-english, où cette tournure anglaise s'est souvent contractée en un seul mot, et se glisse volontiers en tête d'une phrase française.
Kai!
Interjection d'étonnement, souvent prolongée à l'oral pour marquer la surprise, l'incrédulité ou l'exaspération. Elle s'emploie aussi comme nom pour désigner l'étonnement lui-même, et s'entend dans tout le pays.
Kongossa
Commérages, rumeurs et racontars qui circulent de bouche à oreille, dans le quartier comme au bureau ; on dit aussi « aimer les divers » pour parler de ce goût du potin. Le mot est courant dans le français du Cameroun, jusque dans la presse. Son origine est discutée : on le rattache à la langue douala, où il signifierait converser, ou au pidgin-english.
ExempleAprès le défilé, la qualité de kongossa que j'ai suivie n'avait pas de nom.
Lap
1. Rire. 2. Se moquer de quelqu'un ou de quelque chose. Le mot est venu par le pidgin-english d'un verbe anglais de même sens, et entre dans une abréviation de trois lettres qui équivaut au « mort de rire » des Français.
ExempleLes wolowos de Doul ne lap pas.
Mbeng
L'Europe, et en particulier la France ou Paris : plus largement l'Occident, pays rêvé de l'émigration. Le mot vient du douala et s'emploie bien au-delà de Douala, dans le camfranglais comme dans la presse camerounaise.
Exemple[...] Édoudoua voulant acheter des souvenirs de mbeng, est tombé sur deux jeunes Français qui lui ont proposé des appareils flambants neufs dont 2 laptops, 1 appareil photo numérique [...].
Mboa
Le pays, et surtout le pays natal : le Cameroun, en particulier pour ceux qui en parlent depuis l'étranger. Emprunté au douala, le mot est courant dans la presse camerounaise ; certains linguistes s'en servent même pour nommer le camfranglais.
ExempleIl ne faut pas avoir honte d'affirmer qu'il y a une pauvreté ambiante au mboa. Elle constitue même le principal fléau.
Mbom
Gars, mec, frère : terme d'adresse familier entre jeunes, à la fois affectueux et désinvolte. Il fait partie des mots du camfranglais venus des langues camerounaises, où il a le sens de « frère ».
ExempleMbom, lance-moi ngo là-bas pour le flo.
Mimbo
Boisson alcoolisée en général, et en particulier le vin de palme, sens qu'il a dans l'anglais du Cameroun. Le mot vient du pidgin english camerounais, d'où il est passé dans le parler des francophones ; il s'emploie aussi pour l'action de boire.
Mougou
Naïf, personne crédule que tout le monde domine et qu'on arnaque facilement ; se dit aussi d'un paresseux. Le BDLP l'enregistre au Cameroun au sens de « naïf » ; en Côte d'Ivoire, le mot désigne la dupe d'une escroquerie, notamment la victime des arnaqueurs sur Internet.
Nang
Dormir. Verbe d'usage très courant, emprunté aux langues locales, qui s'emploie aussi au figuré pour quelqu'un qui reste inactif.
Ndem
1. Verbe : échouer, rater ; lâcher quelqu'un, lui faire faux bond, se désister ; aussi frapper, faire mal. 2. Nom : la poisse, la malchance, les ennuis ; on dit de quelqu'un qu'il est dedans quand il n'enchaîne que les mésaventures. Le dérivé en -eur désigne le fainéant, l'incapable.
ExempleMais how que vous me ndemez comme ça.
Ndjangui
Tontine. C'est un système économique d'entraide assez structuré souvent à echelle familiale, amicale, mais toujours de taille modérée. Le côté informel et déréglementaire laisse souvent la porte ouverte à bien de conflits. Initialement et particulièrement pratiqué par les personnes originaires de l'Ouest-Cameroun.
Ndolo
L'amour, le sentiment amoureux, et par extension la relation amoureuse elle-même. Le mot est emprunté au douala, la langue de la côte, et la Base de données lexicographiques panfrancophone le range parmi les mots du français du Cameroun ; on le rencontre aussi bien dans la conversation que dans la presse destinée aux jeunes.
ExempleAu nom du ndolo, la petite a tenté de sortir ce jour-là contre la volonté de ses parents. (100% Jeune, n° 123, 2011)
Nga
Une femme, une fille, souvent la compagne de quelqu'un. L'un des mots les plus fréquents de ce parler, qui a de nombreuses variantes selon les régions.
Nkap
L'argent, les sous, en particulier l'argent liquide que l'on possède ou que l'on dépense. Le terme est emprunté à une langue de l'Ouest, le ghomala' des Bamiléké, et figure dans la Base de données lexicographiques panfrancophone parmi les mots du français camerounais. Familier, il est courant à l'oral comme dans la presse populaire.
ExempleQuoi qu'il en soit, les militants qui ont frôlé l'infarctus devant les liasses de nkap du député, le prennent pour leur messie. (Le Popoli, n° 959, 2003)
Quat
Le quartier, celui où l'on habite, où l'on a ses amis et ses repères. Abréviation familière qui se prononce « kwat » : elle se confond avec la forme du pidgin-english, que la presse camerounaise écrit souvent avec un k et deux t.
Tchop
La nourriture, le repas ; employé aussi comme verbe au sens de manger. Le mot vient du pidgin-english, qui l'a tiré de l'anglais, et on le relève dès l'époque coloniale dans plusieurs pays d'Afrique ; il est aujourd'hui l'un des piliers du camfranglais. Dans le parler jeune, le verbe peut aussi signifier énerver, agacer.
ExempleJe n'ai jamais such un mouna qui ya mo la tchop comme mon njanga. (Je n'ai jamais vu un enfant aimer la nourriture comme mon petit frère.)
Wanda
Se poser des questions ; de l'anglais "to wonder".
ExempleJe wanda sur toi, how que tu nang toute la journée ? (je me demande comment tu dors toute la journée).
Wèèèh
Interjection de compassion, l'équivalent de « j'ai de la peine pour toi ». Tout est dans l'intonation : une plainte traînante qui exprime la pitié, la consolation ou parfois une moquerie compatissante.