Expressions camerounaises sur la magie, les esprits et la malchance
Génies des eaux, gris-gris, envoûtements, monstres pour faire peur aux enfants et poisse qui s'acharne : le vocabulaire de l'invisible.
12 expressions. Un même mot peut figurer dans plusieurs thèmes.
Balok
Malchance (de l'anglais "bad luck").
Exemple"Sa femme l'a quitté. Ça c'est le balok !"
Djoudjou
Déguisement ou masque destiné à faire peur, croquemitaine évoqué pour effrayer, souvent les enfants. Le mot renvoie à l'univers des esprits et des figures maléfiques.
Mami wata
Génie des eaux à l'apparence de sirène, mi-femme mi-poisson, d'une grande beauté. Son culte s'étend de l'Afrique de l'Ouest à l'Afrique centrale ; chez les Duala et les autres peuples côtiers du Cameroun, elle se confond avec les esprits des eaux appelés jengu (pluriel miengu). Le nom serait une adaptation pidgin d'une expression anglaise signifiant « mère des eaux », mais des étymologies africaines sont aussi avancées.
Ndjou-Ndjou
n.m. Monstre imaginaire. Terme employé pour faire peur aux enfants. On dira plus souvent (...) kalaba.
Ndutu ou ndoutou
La malchance qui s'acharne sur quelqu'un, la poisse, voire la malédiction qu'on croit jetée sur lui. Mot emprunté à une langue camerounaise, il est recensé par la Base de données lexicographiques panfrancophone et s'emploie familièrement pour expliquer une suite de déboires.
ExempleMon frère, je ne noh pas pourquoi le ndoutou (la malchance) me fala (poursuit) comme çà
Ngrimba
Pratique magique, souvent maléfique, et par extension le gri-gri, l'écorce ou le charme censé protéger son détenteur ou agir sur autrui. Le mot est emprunté au pidgin-english et a donné en français camerounais un verbe et un adjectif construits avec des suffixes français ; on le lit couramment dans la presse populaire à propos d'affaires de sorcellerie.
ExempleUne plainte a été déposée au tribunal contre Ghislaine pour pratique de ngrimbah et meurtre par la famille de la disparue. (Le Popoli, n° 958, 2010)
Ngrimbatiser (quelqu'un)
Envoûter une personne, l'ensorceler pour la soumettre à sa volonté, en particulier pour s'attacher un amant ou un protecteur fortuné. Le verbe est formé sur un nom d'origine pidgin désignant la magie, auquel s'ajoute le suffixe français -iser ; familier, il est surtout employé avec ironie à propos des histoires de cœur.
ExempleSutout les ngos d'Ebwa, elles pif trop ngrimbatiser les wats. (Les filles d'Ebolowa adorent envouter les Blancs.)
Ngwati
Gri-gri ; mot originaire de l'Est.
ExempleElle avait un puissant ngwati.
Niè
1. adj. Moche, vilain. 2. n.m. La malchance, la poisse qui s'abat sur quelqu'un. Dans le jargon des vendeurs à la sauvette, le mot personnifie aussi la police, tenue pour la source de toutes leurs mésaventures.
Ntong
n.m. 1. L'envie. 2. (Parfois aussi) La chance.
ExempleI get ntong. J'ai le ntong.
Nyè
n.m. 1. La poisse. S'utilise pour indiquer la mésaventure qui arrive à quelqu'un. On dit alors "avoir le (...)", ou que la malchance l'a attrapé. 2. Par personnification, la police : dans le jargon des marchands à la sauvette, elle est la source et la cause de toutes leurs mésaventures. Plus généralement, toute personne à qui l'on impute un malheur.
Stycmic
Mystique, compliqué, délicat ou extrême.
ExempleQuand l'agenda est surchargé, il est stycmic de trouver le temps de voir un ami.